La scène politique congolaise est une fois de plus le théâtre d’une interpellation parlementaire qui en dit long sur les défaillances de l’État en matière d’infrastructures stratégiques. Le député national Jules Mumbere Mathe, élu du territoire de Beni, vient de lancer une offensive parlementaire en adressant une question orale au directeur général de la Régie des voies aériennes (RVA). L’objet de cette question parlementaire RVA n’est autre que l’état de délabrement avancé de l’aéroport Mavivi, au Nord-Kivu, suite à l’incendie qui a ravagé ses installations il y a quelques jours. Cette démarche, datée du 3 avril, vise à obtenir des comptes sur une réhabilitation aéroport Nord-Kivu qui semble avoir été abandonnée en plein vol, malgré son importance capitale pour la région.
Les faits sont accablants. L’incendie aéroport Mavivi a laissé derrière lui un champ de ruines. Les installations administratives ont été entièrement détruites, contraignant désormais les passagers à effectuer leurs formalités de voyage à ciel ouvert, exposés aux caprices du climat tropical. « Aujourd’hui, il n’y a plus de bureaux. Les opérations de check-in se font dehors. C’est une situation préoccupante », a déploré le député Jules Mumbere Mathe, dans un langage qui ne masque pas son exaspération. Cette précarité opérationnelle questionne la capacité de l’État à assurer un service public minimal, surtout dans une zone aussi sensible. Le député a également saisi le ministre des Finances, cherchant à percer le mystère du financement des travaux. Pourquoi les fonds alloués à la réhabilitation ont-ils semble-t-il disparu dans les sables mouvants de la bureaucratie ?
Au-delà de la simple reconstruction, l’élu du Beni soulève des interrogations plus fondamentales sur la sécurité et la gestion des biens publics. Il exige des éclaircissements sur les causes réelles de l’incendie, une condition sine qua non pour prévenir de futures catastrophes. « Nous voulons comprendre ce qui s’est passé pour éviter que cela ne se reproduise. Quel est le plan pour sécuriser les autres aéroports ? », a-t-il insisté. Ces questions rhétoriques mettent en lumière un manque criant de dispositifs préventifs, une négligence qui frise l’inconséquence. Dans un État qui aspire à la modernité, peut-on se permettre de laisser des infrastructures stratégiques à la merci du premier sinistre ? La situation actuelle, selon le parlementaire, porte une atteinte directe à l’image et à la souveraineté de la République. « Peut-on recevoir des autorités dans ces conditions, à ciel ouvert ? Ce n’est pas acceptable dans une République qui se respecte », a-t-il martelé. Cette remarque cinglante vise juste : elle révèle l’écart béant entre les discours officiels sur le développement et la réalité du terrain.
L’urgence de la situation est encore amplifiée par le contexte géopolitique troublé de l’Est du pays. Depuis plus d’un an, l’aéroport international de Goma est fermé, suite à son occupation par les combattants du M23. L’aéroport Mavivi est ainsi devenu la principale, voire l’unique, porte d’entrée aérienne opérationnelle pour toute la province du Nord-Kivu. Sa paralysie ou son fonctionnement au ralenti isole un peu plus cette région, entrave les liaisons commerciales, complique l’acheminement de l’aide humanitaire et fragilise la mobilité des populations. Beni, qui abrite cet aérodrome, assure désormais l’essentiel des connexions aériennes provinciales, une responsabilité immense pour une infrastructure aussi rudimentaire.
L’interpellation du député Mumbere dépasse donc le simple cadre d’une question de gestion technique. Elle se transforme en un test politique pour le gouvernement. La RVA, et au-delà le ministère des Transports, se retrouvent sous le feu des projecteurs. Leur capacité à répondre rapidement, à débloquer des fonds et à lancer une reconstruction effective sera scrutée à la loupe. S’agit-il d’un simple incident de parcours ou du symptôme d’une mauvaise gouvernance chronique affectant les infrastructures publiques ? Le silence ou des réponses évasives ne feront qu’alimenter le sentiment d’abandon des populations de l’Est et crédibiliser les critiques sur l’inefficacité de l’administration centrale.
Les prochains jours seront décisifs. La balle est désormais dans le camp de la RVA et du gouvernement, qui doivent non seulement présenter un plan clair et financé pour la reconstruction de l’aéroport de Mavivi, mais aussi rassurer sur la sécurité de toutes les installations aéroportuaires du pays. L’enjeu est de taille : il en va de la crédibilité de l’État à assurer sa présence et ses services sur l’ensemble du territoire national. Dans une région en proie à l’insécurité, un aéroport fonctionnel n’est pas un luxe, mais une nécessité stratégique. Le député Mumbere a ouvert une brèche ; il appartient maintenant aux autorités de prouver qu’elles sont à la hauteur des attentes légitimes des Congolais, ou d’assumer les conséquences politiques de leur immobilisme.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
