À Kinshasa, dans le quartier populaire de Matonge, Jeanne, 19 ans, serre son bébé contre sa poitrine. Elle a quitté l’école après sa grossesse, rejetée par sa famille. Sans formation, elle survit grâce à de petits travaux informels. « Je veux apprendre un métier, pour offrir un avenir à mon enfant, mais où aller ? », confie-t-elle, la voix tremblante. Comme elle, des milliers de femmes et de filles-mères vulnérables en République démocratique du Congo se retrouvent plongées dans une précarité alarmante, sans filet de sécurité. Face à cette détresse, un cri d’alarme vient d’être lancé.
La Ligue des femmes du Mouvement social lumumbiste (MSL) a publié un communiqué poignant ce samedi 4 avril, appelant les autorités congolaises à mettre en place d’urgence des centres de récupération et de formation destinés à ces femmes à travers le pays. Selon Annie Makunya, coordonnatrice nationale de la Ligue, cet appel constitue une réponse cruciale aux difficultés sociales et économiques qui écrasent de nombreuses jeunes mères. « Ces structures permettraient non seulement de leur offrir un encadrement adéquat, mais aussi de leur transmettre des compétences pratiques favorisant leur autonomie économique et leur insertion sociale », a-t-elle déclaré, insistant sur le caractère vital de cette initiative.
Mais pourquoi un tel appel résonne-t-il avec autant de force aujourd’hui ? Dans un contexte où la pauvreté frappe près de 70% de la population, les femmes, et particulièrement les filles-mères, sont souvent les premières victimes. Exclues du système éducatif, marginalisées sur le marché du travail, elles se battent au quotidien pour nourrir leurs enfants, parfois contraintes à des choix désespérés. La création de centres de formation pour femmes pourrait-elle être une lueur d’espoir ? Pour Annie Makunya, il ne s’agit pas d’une simple option, mais d’un impératif de justice sociale.
Cet appel, lancé dans le cadre des activités liées au mois de la femme, vise à promouvoir des actions concrètes en faveur de l’autonomisation féminine au Congo. La responsable politique estime que l’investissement dans la formation et l’encadrement des femmes constitue un levier essentiel de transformation sociale. « La femme congolaise joue un rôle central dans la construction économique et politique du pays. Son autonomisation contribue directement au développement national », rappelle-t-elle, soulignant que soutenir les filles-mères, c’est investir dans l’avenir de toute la nation.
Dans cette perspective, la Ligue des femmes MSL a sollicité l’implication du Président de la République, Félix Tshisekedi, présenté comme champion de la masculinité positive. Elle l’invite à renforcer les initiatives visant à soutenir les Congolaises les plus démunies. Cette démarche interpelle : jusqu’où les engagements politiques se traduisent-ils en actes tangibles pour les femmes vulnérables en RDC ? Alors que des programmes existent, leur portée reste souvent limitée face à l’ampleur des besoins.
Au-delà des symboles, Annie Makunya invite les femmes à dépasser le caractère festif de la journée du 8 mars, pour privilégier la réflexion sur leurs droits, leur leadership et leur participation active au développement de la société. Une vision qui résonne avec les réalités du terrain : comment célébrer sans agir ? Comment parler d’égalité quand des milliers de Jeanne errent sans perspective ?
L’initiative de la Ligue des femmes MSL met en lumière un enjeu sociétal majeur : l’urgence de structurer un accompagnement durable pour les femmes en situation de précarité. Sans un soutien adapté, le cycle de la pauvreté risque de se perpétuer, affectant des générations entières. Les centres de récupération et de formation pourraient offrir un cadre sécurisé pour redonner confiance, acquérir des compétences en couture, agriculture, gestion, ou encore en numérique, et ainsi briser l’isolement.
Mais la route est longue. La mobilisation des autorités, des partenaires internationaux et de la société civile est cruciale pour concrétiser ces projets. En cette période où l’autonomisation féminine est sur toutes les lèvres, la RDC a l’opportunité de montrer l’exemple en priorisant le soutien aux filles-mères, ces invisibles qui portent pourtant l’avenir du pays. Leur offrir une seconde chance, c’est bâtir une société plus juste et résiliente. Le temps des discours est révolu ; place maintenant à l’action.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
