La province du Lualaba, cœur battant de l’industrie cuprifère congolaise, vient de vivre un épisode critique qui pourrait marquer un tournant décisif dans la gestion de l’exploitation minière artisanale. L’évacuation immédiate des creuseurs artisanaux du remblai T17, situé dans la concession de la Kamoto Copper Company (KCC) à Kolwezi, a été ordonnée par les autorités après qu’un niveau de radioactivité jugé préoccupant y a été détecté. Cette urgence radiologique Kolwezi, déclarée fin mars, a jeté une lumière crue sur les risques sanitaires et environnementaux liés à une activité économique informelle mais vitale pour des milliers de familles. Dans ce contexte de crise, une question s’impose : comment concilier sécurité des populations et pérennité d’un secteur qui contribue significativement à l’économie locale ?
La réponse des pouvoirs publics s’est cristallisée autour d’une opération structurante pilotée par le Service d’Assistance et d’Encadrement de l’Exploitation Minière Artisanale et à Petite Échelle (SAEMAPE). Samedi 4 avril, cette institution a lancé sur le site de Kasulo, à Kolwezi, une vaste campagne d’SAEMAPE identification des exploitants. Cette démarche, qui fait suite à une première phase consacrée aux coopératives en janvier, vise à établir une cartographie fiable des acteurs de la mine artisanale Lualaba. « Cette opération constitue une étape importante pour la formalisation de l’exploitation minière artisanale RDC », a affirmé Jean-Paul Kapongo Kadiobo, Directeur Général du SAEMAPE. Il s’agit, selon lui, de doter l’État d’un outil de gestion robuste pour mieux encadrer les travailleurs et améliorer leurs conditions, souvent précaires.
L’enjeu dépasse la simple collecte de données. Il touche à la sécurité juridique et physique des creuseurs. Georges Nyembo Kitungwa, Directeur provincial du SAEMAPE au Lualaba, l’a souligné avec force : « Nous voulons sécuriser les exploitants artisanaux et structurer leurs activités conformément aux normes en vigueur. L’identification permet également de lutter contre l’anarchie observée sur certains sites miniers. » Cette anarchie, couplée à l’absence de traçabilité, a notamment compliqué la gestion de la crise radiologique, rendant difficile l’évaluation de l’exposition des individus.
Sur le terrain de Kasulo, l’opération a débuté par la remise symbolique de cartes d’identité minière aux responsables de quatre coopératives et à plusieurs creuseurs individuels. Cette matérialisation de la reconnaissance étatique a été globalement bien accueillie. Vincent Kibibi, responsable d’une coopérative, y voit un gage de crédibilité : « Être identifié officiellement donne de la légitimité à notre travail et renforce la sécurité sur les sites. » Poly Walawa, un autre responsable, abonde dans ce sens, estimant que cette démarche « va nous permettre de mieux nous organiser et de travailler dans un cadre plus structuré ».
D’un point de vue économique, cette formalisation par l’identification représente un investissement nécessaire pour l’avenir du secteur. L’exploitation minière artisanale RDC, souvent qualifiée de « secteur ombre », représente pourtant une manne économique non négligeable, générant emplois et revenus dans des régions où les alternatives sont rares. Cependant, son potentiel fiscal et sa contribution à l’économie nationale restent sous-optimisés en l’absence de cadre clair. La crise du T17 a servi de révélateur : l’informalité est un vecteur de vulnérabilité, tant pour les travailleurs que pour l’État qui ne peut ni les protéger efficacement ni percevoir les redevances dues.
À court terme, l’objectif est le redéploiement sécurisé des creuseurs évacués du foyer radiologique. Le SAEMAPE prévoit de les orienter vers des zones d’exploitation artisanale spécialement aménagées, comme les sites de Kasulo, UCK et Menuiserie, où les conditions de sécurité et de traçabilité des minerais seront renforcées. Cette relocalisation planifiée contraste avec le mouvement spontané et souvent chaotique qui caractérise habituellement cette économie.
À plus long terme, la vision est ambitieuse : étendre le processus d’identification à l’ensemble des dizaines de milliers de creuseurs artisanaux opérant dans le Lualaba. Cela suppose des moyens logistiques et une volonté politique soutenue. Si elle est menée à bien, cette politique pourrait transformer profondément le visage de la mine artisanale Lualaba. Elle ouvrirait la voie à une meilleure intégration de ces producteurs dans les chaînes d’approvisionnement légales, à une amélioration des techniques d’extraction pour réduire l’impact environnemental, et à une couverture sociale minimale pour ces travailleurs.
L’urgence radiologique Kolwezi aura donc fonctionné comme un électrochoch. Elle a forcé une prise de conscience et accéléré une mutation indispensable. La réussite de cette transition, de l’informel vers le structuré, dépendra de la capacité des autorités à maintenir le cap, mais aussi à associer étroitement les creuseurs eux-mêmes, principaux concernés. L’enjeu est de taille : faire de l’artisanat minier, aujourd’hui source de risques, un pilier durable et sécurisé du développement économique provincial. Le succès de l’SAEMAPE identification à Kasulo n’est qu’un premier jalon sur ce chemin complexe mais nécessaire.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
