Le visage creusé par l’inquiétude, Mama Shujaa serre contre elle un sac de farine de maïs, comme si elle tenait son avenir entre ses mains. À Kitoke, petit village perdu à quelques kilomètres de Kabimba dans le Tanganyika, cette mère de cinq enfants fait partie des milliers de déplacés qui ont enfin vu arriver l’espoir sous forme de vivres. « Depuis que nous avons fui les combats, c’est la première fois que nous recevons une telle assistance », murmure-t-elle, les yeux humides. Cette scène se répète des centaines de fois, témoignant de l’urgence d’une aide alimentaire au Tanganyika pour ces populations oubliées.
Plus de 6 000 ménages déplacés, venus principalement du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pour échapper aux violences, ont bénéficié de cette distribution massive organisée par la Fédération internationale de la Croix-Rouge en collaboration avec la Croix-Rouge de la RDC. Pendant plusieurs semaines, des tonnes de nourriture ont été acheminées : farine de maïs, riz blanc, haricots, huile végétale et sel iodé. Une manne vitale pour des familles qui, pour beaucoup, survivent grâce à la solidarité des communautés d’accueil. Cette opération cruciale de distribution vivres à Kalemie illustre les efforts constants pour soulager la détresse humaine.
Selon les responsables sur place, plus de 90% des bénéficiaires ont effectivement reçu leur part. Mais un avertissement solennel accompagne cette générosité : les déplacés sont exhortés à ne pas vendre cette aide précieuse. Les autorités locales sont appelées à un suivi rigoureux pour décourager toute tentative de détournement. Une précaution nécessaire, tant la tentation peut être grande lorsqu’on manque de tout et que le marché noir guette. La Croix-Rouge assistance RDC insiste sur l’importance de cette vigilance pour que le secours atteigne réellement ceux qui en ont besoin.
Cette distribution de vivres à Kalemie est-elle suffisante pour apaiser la faim de milliers de personnes traumatisées par la guerre ? Si elle apporte un répit immédiat, elle ne résout pas le drame profond de ces déplacés, condamnés à l’errance et à la dépendance. Comment envisager l’avenir lorsque l’on a tout perdu ? La Croix-Rouge, par cette assistance en RDC, tente de colmater les brèches d’une crise humanitaire qui semble sans fin. Les déplacés guerre Nord-Kivu et Sud-Kivu cherchent désespérément un havre de paix, mais la route est longue.
L’opération a débuté le 7 mars sur les rives du lac Tanganyika, au nord de Kabimba, pour s’achever à Kitoke, à environ 4 km de là. Une logistique complexe dans une région où les infrastructures sont souvent défaillantes. Pourtant, la détermination des équipes a permis de toucher ces ménages déplacés de Kitoke, isolés et vulnérables. Chaque sac distribué représente une bouffée d’oxygène dans un quotidien marqué par la précarité et l’incertitude.
Au-delà de l’urgence alimentaire, c’est tout un système de solidarité qui est mis à l’épreuve. Les familles d’accueil, elles-mêmes précaires, partagent le peu qu’elles ont. Les déplacés, entre gratitude et désespoir, oscillent entre l’espoir d’un retour et la peur de l’inconnu. Les autorités doivent maintenant prendre le relais, garantir la sécurité et œuvrer pour des solutions durables. Car aucune aide, aussi généreuse soit-elle, ne peut remplacer la paix et la stabilité. L’aide alimentaire Tanganyika est un pansement sur une blessure béante ; il faut soigner les causes pour éviter que de nouveaux milliers ne rejoignent ces rangs de l’exode.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
