Dans un contexte où le transport aérien de marchandises en RDC est souvent synonyme de coûts prohibitifs et d’instabilité, un accord économique inédit vient d’être scellé. Les opérateurs économiques du Maniema et une délégation d’aviateurs tanzaniens ont fixé, jeudi 3 avril, un tarif unifié pour le fret aérien sur l’axe Kindu – Dar-es-Salaam. Une décision saluée comme un « véritable ouf de soulagement » pour les entrepreneurs locaux, qui pourrait redessiner les flux commerciaux de toute la région.
Le cœur de cet accord économique Maniema Tanzanie réside dans une grille tarifaire clarifiée et, selon les acteurs locaux, plus juste. Désormais, le prix pour expédier un kilo de marchandise de Kindu vers la métropole tanzanienne est arrêté à 2,5 dollars américains. Le trajet inverse, de Dar-es-Salaam vers Kindu, sera facturé 1,5 dollar le kilo. Ce compromis, obtenu après l’évaluation sur le terrain d’une délégation tanzanienne, met fin à une période d’incertitude et de négociations au cas par cas, souvent défavorables aux commerçants congolais.
« Nous avons constaté que dans d’autres zones du pays, les prix pouvaient atteindre 4 ou 5 dollars le kilo, notamment pour le transport de minerais. Fixer le tarif fret Kindu Dar-es-Salaam à un niveau moyen de 2 dollars représente une avancée significative », a expliqué Amisi Hashimu, secrétaire de la Chambre des mines de la FEC-Maniema. Cette comparaison avec d’autres corridors, comme celui de Walikale à Kindu où le kilo est déjà à 2,5 USD, souligne l’asymétrie des coûts logistiques à l’intérieur du pays. L’établissement d’une règle claire est perçu comme un premier pas vers une normalisation du fret aérien RDC.
Mais au-delà des chiffres, quel est l’impact économique concret de cette décision ? Pour la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) section Maniema, cet accord ouvre la voie à une nouvelle liaison aérienne régulière. Un vol inaugural est ainsi attendu sous une semaine, avec une escale technique prévue à Kisangani, reliant plus solidement l’est de la RDC à un port majeur de l’océan Indien. Cette route aérienne directe pourrait dynamiser les exportations – notamment agricoles et artisanales – du Maniema tout en fluidifiant l’importation de biens manufacturés, agissant comme un véritable catalyseur pour l’activité locale.
Les répercussions positives anticipées dépassent le simple cadre commercial. En désenclavant partiellement la province, cet accord pourrait stimuler les investissements et créer un environnement des affaires plus prévisible. La FEC-Maniema a d’ailleurs tenu à remercier les plus hautes autorités de l’État, dont le Chef de l’État et le vice-Premier ministre en charge des Transports, pour avoir facilité les démarches. Cet appui politique souligne l’importance stratégique que revêt la connectivité aérienne dans le développement économique des régions reculées.
À plus long terme, ce succès diplomatique et commercial pourrait servir de modèle pour d’autres négociations. La question se pose : d’autres provinces congolaises parviendront-elles à sécuriser de tels partenariats pour rationaliser leurs coûts logistiques ? L’exemple du Maniema démontre que le dialogue direct entre opérateurs économiques et prestataires de transport, sous l’égide des institutions, peut aboutir à des résultats tangibles. La balle est désormais dans le camp des autres acteurs économiques régionaux pour plaider en faveur d’une harmonisation et d’une baisse généralisée des coûts du transport aérien des marchandises.
En conclusion, l’accord sur les tarifs fret Kindu Dar-es-Salaam est bien plus qu’une simple fixation de prix. Il représente une injection de confiance dans le tissu économique local et une première pierre pour la construction d’un corridor aérien fiable et compétitif. Si les promesses de régularité des vols sont tenues, le Maniema pourrait voir son attractivité commerciale s’accroître sensiblement, prouvant que des solutions concrètes aux défis logistiques congolais sont à portée de main, pour peu que la volonté politique et le dialogue des acteurs convergent.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
