Le climat des affaires en République démocratique du Congo est-il en passe de se transformer en un terreau plus fertile pour les investissements ? C’est la question centrale qui a animé la première édition des Journées congolaises du droit des affaires, organisée récemment à Kinshasa. Cette initiative du cabinet Dentons Paty Liongo & Associates, soutenue par l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANAPI) et la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), a dressé un bilan contrasté des réformes législatives et réglementaires entreprises par le gouvernement.
Placée sous le thème « Évolution du climat des affaires en RDC face aux réformes législatives et réglementaires », cette rencontre a servi de baromètre à haute précision pour mesurer la température économique du pays. L’assemblée, réunissant près de 200 avocats, juristes, magistrats et opérateurs économiques, a passé au crible les avancées et les inerties dans des secteurs jugés stratégiques pour la croissance nationale. Le constat est en demi-teinte : si les textes de loi évoluent positivement, leur application sur le terrain reste semée d’embûches.
Les discussions techniques ont révélé des progrès tangibles dans plusieurs domaines clés. Le cadre juridique minier, souvent pointé du doigt pour son opacité, a été cité comme ayant connu des améliorations notables. De même, les réformes dans les secteurs des infrastructures, du foncier et de l’immobilier ont été saluées comme des pas dans la bonne direction. Cependant, cette embellie législative bute sur un écueil majeur : la lenteur chronique de la mise en œuvre. Les délais administratifs, comparés à de véritables freins à la compétitivité, alourdissent considérablement le coût des projets et découragent les investisseurs, tant nationaux qu’internationaux.
« Cette première édition s’inscrit dans un projet ambitieux visant à créer un cadre permanent d’échanges entre les acteurs du monde juridique et économique », a expliqué Maître Paty Liongo Bootsi, associé gérant du cabinet Dentons Paty Liongo & Associates. Pour ce pilier du droit des affaires en RDC, l’objectif est clair : « Nous voulons offrir un espace où praticiens du droit, décideurs et opérateurs économiques peuvent débattre des enjeux communs. » Cette vision d’un dialogue continu vise à corriger les dysfonctionnements en temps réel et à influencer positivement l’élaboration des politiques publiques.
Malgré cette volonté affichée, l’ombre de pratiques rédhibitoires plane toujours sur l’environnement des affaires congolais. Les participants ont identifié avec une rare unanimité trois obstacles majeurs qui continuent d’éroder la confiance des investisseurs. La corruption, véritable gangrène institutionnelle, demeure un risque systémique qui grève la sécurité juridique des projets. Le harcèlement fiscal, matérialisé par la multiplicité des taxes illégales et des contrôles abusifs, est perçu comme une ponction insupportable sur la trésorerie des entreprises. Enfin, la complexité et l’opacité des procédures, notamment de création d’entreprise, constituent un premier mur que de nombreux entrepreneurs ne parviennent pas à franchir.
Face à ce diagnostic sans complaisance, les Journées congolaises du droit des affaires ont formulé des recommandations concrètes, à l’effet de catalyseur pour l’action publique. La digitalisation intégrale des procédures fiscales et administratives apparaît comme une priorité absolue pour réduire les contacts directs, sources de corruption, et accélérer les délais. Le renforcement des institutions en charge de la lutte contre la corruption est également présenté comme un impératif pour sécuriser les capitaux. Enfin, la simplification radicale des formalités de création d’entreprises est vue comme le premier signal fort à envoyer aux entrepreneurs pour stimuler l’initiative privée, véritable moteur de l’emploi et de la croissance.
En définitive, cette première édition a démontré que l’amélioration du climat des affaires en RDC est moins une question de lois nouvelles que d’application rigoureuse des textes existants. L’initiative de Dentons Paty Liongo & Associates, en créant cette plateforme de dialogue, joue un rôle de pont essentiel entre le législateur et le terrain. L’enjeu est de taille : transformer le potentiel économique théorique, souvent vanté, en opportunités d’investissement concrètes et sécurisées. Le chemin reste long, mais l’identification claire des obstacles et des solutions constitue déjà, en soi, un premier pas décisif vers un environnement des affaires plus clair, fiable et propice au développement durable de la République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
