La fièvre de la qualification pour la Coupe du monde 2026, un rêve devenu réalité après un demi-siècle d’attente, tourne à la crise diplomatique entre Kinshasa et les clubs européens. Alors que tout le pays vibre encore au rythme des célébrations, une ombre vient assombrir la liesse : plusieurs cadres des Léopards, héros de la victoire face à la Jamaïque, ne sont pas rentrés à leur base. Leur absence, prolongée par la Fédération congolaise de football, fait trembler les clubs et menace de déclencher une véritable guerre des instances.
Au cœur de la tempête, le capitaine Chancel Mbemba. Pilier du LOSC Lille, le défenseur était attendu jeudi pour préparer le choc du derby contre le RC Lens. Mais à la veille de cette rencontre capitale, son vestiaire est resté vide. Comme d’autres internationaux congolais, il a été retenu par sa fédération pour participer aux festivités nationales organisées en l’honneur de cette qualification historique, la première depuis 1974. Une décision unilatérale qui a fait bondir le président lillois, Olivier Létang, dénonçant une violation flagrante des règlements FIFA.
« La Fédération congolaise a décidé de façon unilatérale de prolonger la présence des joueurs jusqu’à lundi », a-t-il affirmé, la voix chargée d’inquiétude. Un coup de force ? Les textes de la FIFA sont pourtant clairs : un joueur doit être libéré par sa sélection 48 heures maximum après un match international. Le LOSC, tout comme d’autres clubs impactés, n’a pas hésité à transmettre le dossier aux instances disciplinaires de la FIFA, évoquant une « jurisprudence très dangereuse » pour l’avenir du football mondial.
La liste des absents donne le tournis et met en lumière l’ampleur du problème. Du côté de Lens, Arthur Masuaku manquera également le derby des Hauts-de-France. En Espagne, l’Espanyol et le Betis Séville doivent composer sans Charles Pickel et Cédric Bakambu. L’entraîneur catalan, Manolo Gonzalez, a confirmé avoir reçu un courrier officiel de la FCF justifiant la non-liberation des joueurs. Il a qualifié la situation « d’atypique » et laissé planer la menace de sanctions internes au retour des concernés.
Comment en est-on arrivé là ? Tout a basculé après le coup de sifflet final du barrage intercontinental au Mexique. La victoire arrachée 1-0 après prolongation contre la Jamaïque a libéré une joie immense, mais aussi une immense pression populaire. La qualification RDC Coupe du monde 2026 n’est pas qu’un succès sportif ; c’est un événement national, historique, qui appelle à des célébrations à la hauteur de l’exploit. Les héros devaient-ils être privés de ces moments de communion avec leur peuple ? Pour les dirigeants congolais, la réponse était évidente.
Mais ce choix pose une question fondamentale : jusqu’où une fédération nationale peut-elle aller pour honorer ses joueurs, au mépris des engagements contractuels envers les clubs employeurs ? Les tensions étaient palpables avant même le match décisif, plusieurs clubs européens ayant exprimé leur réticence à libérer leurs joyaux pour ce long déplacement. La victoire a tout changé, mais aussi tout compliqué.
Les possibles sanctions de la Fédération congolaise de football sont désormais dans tous les esprits. Une amende ? Une suspension de stade pour les matches à venir ? Les scénarios les plus noirs sont sur la table. Pendant ce temps, les internationaux congolais absents des clubs européens se retrouvent pris en étau entre la ferveur nationale et leurs obligations professionnelles. Leur cœur balance sans doute entre le bonheur d’être célébrés en héros à Kinshasa et l’anxiété de voir leur carrière en Europe potentiellement compromise.
Cette crise inédite jette une lumière crue sur les rapports de force dans le football moderne. Elle met aux prises la légitime émotion d’un peuple et le cadre strict, parfois glacial, du football business. L’issue de ce bras de fer sera scrutée à la loupe. La FIFA parviendra-t-elle à trouver un terrain d’entente, ou devra-t-elle trancher par la loi, au risque de ternir la fête congolaise ? Une chose est sûre : la route vers le Mondial 2026, qui semblait toute tracée après l’exploit contre la Jamaïque, vient de connaître son premier nid-de-poule, et il est de taille.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
