Dans une province de l’Ituri où les minerais ont trop souvent alimenté les violences, une lueur d’espoir émerge du côté de Bunia. Un atelier stratégique, organisé mardi 31 mars par le Fonds national de promotion et de service social (FNPSS) avec l’appui de la section des Affaires politiques de la MONUSCO, a réuni autorités, experts et acteurs clés des coopératives minières RDC. L’objectif central ? Transformer l’or, historiquement facteur de conflit dans les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa, en un authentique levier de développement et de paix.
Comment le précieux métal jaune, pilier théorique de l’économie locale, est-il devenu un enjeu sécuritaire brûlant ? La réponse réside dans un écosystème minier marqué par l’opacité. L’exploitation illégale et la fraude lors de l’exportation de l’or constituent des défis systémiques. Plusieurs groupes armés maintiennent une emprise sur des sites stratégiques, captant une part substantielle des revenus. Parallèlement, on observe une prolifération de coopératives, souvent soutenues par des capitaux étrangers et dotées d’équipements modernes. Pourtant, cette apparente formalisation bute sur un écueil majeur : la traçabilité or. Les quantités réellement produites et exportées échappent encore largement au contrôle des services de l’État, créant un manque à gagner fiscal colossal et alimentant des circuits parallèles.
« Le premier défi de cette réorganisation est de faire bénéficier la population de sa richesse », affirme Léon Yemba, responsable provincial du FNPSS. « Partis du néant, nous voyons déjà quelques coopératives qui réalisent des engagements sociaux en faveur de nos communautés. » Cette déclaration souligne l’ambition fondamentale de la normalisation secteur minier : inverser la logique prédatrice pour que les ressources profitent enfin aux populations riveraines. Mais le chemin est semé d’embûches, notamment en matière de gouvernance locale.
En effet, si le Code minier impose aux exploitants le respect de cahiers des charges au profit des communautés, l’application sur le terrain suscite de vives controverses. Les coopératives minières RDC mettent en avant leurs investissements dans les infrastructures sociales – écoles, centres de santé, points d’eau – mais dénoncent avec véhémence la gestion parfois opaque des fonds par certaines autorités locales. « Certaines coopératives ont donné de l’argent aux chefs coutumiers. Cet argent a été dilapidé. À qui la faute ? Les responsabilités sont partagées », constate amèrement Jules Bahemuka, représentant des coopératives. Ce conflit de responsabilités freine la réalisation d’un développement local tangible et durable, perpétuant un climat de méfiance.
L’atelier Bunia mines a donc servi de catalyseur pour formuler des recommandations concrètes. Les priorités identifiées sont sans équivoque : améliorer drastiquement la traçabilité des exportations d’or, depuis le site d’extraction jusqu’à la frontière ; assurer le respect strict et vérifiable des obligations sociales des entreprises ; et, point crucial, renforcer le contrôle étatique sur les zones minières pour en déloger définitivement les groupes armés. Cette feuille de route ambitieuse s’inscrit dans le cadre plus large du mandat de la MONUSCO pour la stabilisation de l’Est de la RDC et la promotion d’une gouvernance minière responsable.
La réussite de cette initiative de normalisation secteur minier en Ituri représente-t-elle un tournant ? Elle constitue en tout cas un test crucial. La capacité à mettre en œuvre ces recommandations déterminera si l’or de l’Ituri cessera d’être une malédiction pour devenir enfin une bénédiction. L’enjeu dépasse la simple rationalisation économique ; il touche à la pacification d’une région meurtrie et à la restauration de la confiance entre l’État, les exploitants et les communautés. La traçabilité or n’est plus une option technique, mais une condition sine qua non pour briser le lien fatal entre minerais et conflits, et permettre aux coopératives minières RDC de jouer pleinement leur rôle de moteur d’un développement inclusif.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
