L’effondrement du pont Nkwenda, survenu il y a six jours après de fortes précipitations, a brutalement interrompu la circulation sur l’axe vital Kiwanja-Ishasha, plongeant le territoire de Rutshuru dans une crise économique immédiate et tangible. Cette infrastructure, qui reliait les groupements de Binza et Bukoma, n’était pas un simple ouvrage d’art ; elle constituait l’artère principale du commerce local et régional, le poumon d’un écosystème économique déjà fragile dans le Nord-Kivu. Sa disparition soudaine illustre avec une cruelle clarté la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement face aux aléas climatiques et aux déficits infrastructurels chroniques.
Les conséquences chiffrées de cette paralysie sont déjà vertigineuses. Le coût du transport des marchandises a connu une inflation spontanée et punitive. Pour contourner l’obstacle, les commerçants sont contraints de décharger leurs biens d’un côté de la rivière, de payer des « passeurs » improvisés – souvent des jeunes de la région – pour la traversée périlleuse sur des planches de fortune, puis de recharger un autre véhicule. Cette logistique de crise engendre un surcoût moyen de 5 000 francs congolais par traversée, une somme qui vient directement rogner les marges déjà étroites des opérateurs. À quel prix se négocie la survie des petites entreprises dans ce contexte ? Cette taxe de la débrouille, prélevée par la force des choses, agit comme un frein à main sur l’activité économique de toute une zone.
Le blocage est tel que même l’acheminement de l’aide humanitaire, destinée notamment aux populations de Nyamilima, est sévèrement compromis. Des camions stationnent, immobilisés, leur cargaison susceptible de se dégrader. Cette situation met en lumière la double peine infligée aux populations : celle de l’isolement et celle de la précarité accrue. En réaction à ce vide, un marché informel et dangereux s’est organisé sur les berges de la Nkwenda, transformant un lieu de passage en zone de risque accru, notamment de noyade. L’économie, face au chaos, s’adapte mais à un coût social prohibitif.
Le témoignage des acteurs de terrain est sans appel. « C’est une grande perte pour nous », confie un commerçant, résumant le sentiment d’impuissance qui prévaut. Son appel à une intervention urgente des autorités pour la construction d’un nouveau pont n’est pas une simple requête ; c’est le cri d’un secteur vital à l’agonie. La crise économique Rutshuru générée par cet incident pose une question fondamentale sur la résilience des infrastructures en RDC. Les fortes pluies, bien que catalyseurs, ne sont souvent que le révélateur d’un manque d’entretien et d’investissement préventif dans des ouvrages essentiels à la circulation des biens et des personnes.
À plus long terme, cet effondrement pont RDC symbolise un frein majeur au développement de toute la province du Nord-Kivu. Comment envisager une croissance inclusive et stable si les axes commerciaux principaux peuvent être anéantis en quelques heures ? La dépendance à une seule route expose l’économie locale à des chocs asymétriques dévastateurs. Les experts en logistique ne cessent de le répéter : la diversification des voies de communication et la modernisation des infrastructures existantes sont des impératifs non pour le futur, mais pour le présent. L’axe Kiwanja Ishasha en état de marche n’est pas un luxe, c’est une condition sine qua non pour la sécurité alimentaire, l’emploi et la stabilité sociale.
La perspective est donc celle d’une course contre la montre. La saison des pluies n’étant pas terminée, la vulnérabilité persiste. Les planches actuelles, ultime solution de repli pour les piétons, sont elles-mêmes menacées par la montée des eaux. La reconstruction du pont de Nkwenda doit devenir une priorité absolue, non seulement pour rétablir le flux économique, mais aussi pour restaurer la confiance des acteurs locaux en la capacité de l’État à garantir les conditions minimales du commerce. Sans une action rapide et déterminée, l’impact de cet effondrement se mesurera bien au-delà des six jours de blocage, entamant durablement le tissu productif du Rutshuru. L’artère est coupée ; sa suture ne souffre plus d’atermoiement.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
