La route nationale reliant Goma aux zones de production agricole du territoire de Masisi, artère économique vitale pour l’approvisionnement de la capitale du Nord-Kivu, traverse une crise aiguë. Une hausse brutale des coûts de transport, évaluée à 20 000 francs congolais par trajet, frappe de plein fouet les usagers et les commerçants. Cette flambée des prix du transport sur l’axe Masisi est directement corrélée au délabrement extrême de l’infrastructure routière, transformant un trajet autrefois réalisable en quatre heures en un périple épuisant d’au moins sept heures. Cette situation, loin d’être une simple nuisance, constitue une menace sérieuse pour la stabilité des prix des denrées alimentaires à Goma et met en péril la sécurité alimentaire de toute une région.
L’état catastrophique de la route Masisi-Goma n’est plus une simple dégradation mais un cas d’école d’infrastructure en rupture. Les sources locales pointent trois points de blocage quasi systématiques, véritables goulets d’étranglement qui paralysent la circulation. À Matanda, un éboulement majeur résiste aux interventions mécaniques, réduisant le passage à une piste dangereuse. La rivière Nyakajanga, quant à elle, déborde à la moindre averse, rendant son franchissement impossible et isolant les communes. Enfin, le secteur de Bihambwe, sur l’axe Rubaya, est décrit par les motards, pourtant aguerris aux terrains difficiles, comme le passage le plus complexe, exigeant des efforts physiques constants pour déplacer les véhicules. « A certains endroits, nous devons descendre des motos et marcher à pied sur de longues distances avant de pouvoir remonter lorsque le terrain le permet », confie une commerçante de Goma, illustrant l’ampleur du calvaire logistique.
Les conséquences économiques de cette paralysie du transport dans le Nord-Kivu sont immédiates et se répercutent en cascade sur toute la chaîne d’approvisionnement. La majoration de 20 000 FC sur le coût de la course n’est qu’un premier signal. Cette surcharge, inévitablement répercutée sur le prix des marchandises, pèse d’abord sur les produits vivriers en provenance de Masisi. Comment les acteurs économiques locaux pourraient-ils absorber un tel surcoût opérationnel sans en transférer le poids au consommateur final ? La réponse est sans appel : une flambée des prix des denrées alimentaires sur les marchés de Goma est désormais redoutée et considérée comme inéluctable en l’absence d’une intervention rapide.
Cette crise infrastructurelle frappe au cœur du système alimentaire provincial. Goma, métropole de plus d’un million d’habitants, dépend quotidiennement des flux de produits agricoles en provenance des territoires fertiles de Masisi. La route dégradée agit comme un véritable frein à main sur l’économie régionale, ralentissant non seulement les biens mais aussi la croissance. La sécurité alimentaire, notion clé pour la stabilité sociale, est directement impactée. Lorsque le coût et le temps du transport explosent, la disponibilité et l’accessibilité économique des aliments de base se réduisent comme une peau de chagrin, exposant les populations les plus vulnérables à une précarité accrue.
À l’analyse, cette hausse des prix du transport et la dégradation de la route Masisi ne sont pas des problèmes isolés. Elles symbolisent l’urgente nécessité d’investissements massifs et pérennes dans les infrastructures de mobilité, piliers du développement économique. Sans une réhabilitation d’urgence de cet axe stratégique, le scénario est écrit : l’inflation importée par la route continuera de grignoter le pouvoir d’achat des Gomatraciens, et la résilience du bassin de consommation sera mise à rude épreuve. La stabilisation de cette voie de communication est plus qu’un chantier de travaux publics ; c’est une condition sine qua non pour préserver la cohésion sociale et assurer l’avenir économique de la région.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
