Le gouvernement de la République Démocratique du Congo vient d’adopter un texte législatif crucial pour l’avenir énergétique du pays. Lors du Conseil des ministres du 27 mars à Bandundu-Ville, le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Molendo Sakombi, a présenté le projet de loi relatif à la mise en œuvre du projet Grand Inga. Cette adoption intervient sous l’impulsion directe du président Félix Tshisekedi, qui avait exigé l’achèvement urgent du cadre de gouvernance, condition sine qua non pour le déblocage des fonds de la Banque mondiale.
Au-delà de sa portée technique, cette loi Inga se veut un instrument de souveraineté nationale. Elle vise à protéger un actif stratégique majeur pour la RDC et à organiser sa maîtrise par l’État. « Il contribue à la modernisation du cadre juridique en l’adaptant aux réalités d’un projet d’envergure exceptionnelle », a déclaré le ministre Sakombi. Le texte intègre également des considérations de justice territoriale et sociale, prenant en compte les populations riveraines du site et les impératifs environnementaux.
La concrétisation de ce géant hydroélectrique, considéré comme le plus grand projet énergétique de la RDC, est intimement liée à des partenariats internationaux de grande envergure. L’approbation, en juin 2025, d’un crédit d’un milliard de dollars américains par la Banque mondiale pour le programme de développement d’Inga III en est la preuve tangible. Cependant, l’entrée en vigueur des accords de financement Banque mondiale Inga en février 2026 a rendu impérative la finalisation de ce cadre juridique. Le gouvernement avait ainsi un délai de 60 jours pour conclure les protocoles d’accord nécessaires, échéance désormais imminente.
Mais pourquoi un tel empressement ? La réponse réside dans les retards historiques qui plombent le développement économique congolais. Actuellement, seuls 21 % des Congolais bénéficient d’un raccordement à l’électricité. Ce gouffre énergétique constitue l’un des principaux obstacles à l’industrialisation, à la création d’emplois et à la transformation structurelle de l’économie nationale. Le projet Grand Inga est donc bien plus qu’une simple centrale : c’est le moteur potentiel d’une nouvelle ère pour le pays.
Le ministre Sakombi a souligné que cette loi envoie un « signal politique fort ». Il s’agit d’affirmer une vision, de se doter des instruments de puissance et de sécuriser les investissements tout en préservant la souveraineté nationale. L’objectif est clair : faire du Grand Inga une priorité nationale structurée par le droit et portée par les institutions, et non plus une promesse perpétuellement différée.
Concrètement, la loi doit désormais être transmise au Parlement, au plus tard le 31 mars 2026, pour adoption. Son vote est un préalable déterminant à la mobilisation du soutien financier international. La première tranche de 250 millions de dollars, déjà disponible via l’Association Internationale de Développement (IDA), doit permettre de poser les premières bases : investissements en faveur des communautés locales, construction d’infrastructures et création d’emplois préalables.
À plus long terme, ce projet s’inscrit dans le Pacte national de l’énergie de la RDC, aligné sur l’initiative africaine « Mission 300 ». Le gouvernement s’est engagé à porter le taux d’accès à l’électricité en RDC à 62 % de la population d’ici 2030. Selon les analyses de la Banque mondiale, le programme de développement d’Inga 3 est indispensable pour accélérer les changements institutionnels et fournir la capacité de production nécessaire pour soutenir les progrès du pays au-delà de cette échéance.
En somme, l’adoption de ce projet de loi marque un point de non-retour. Elle transforme une ambition géostratégique – positionner la RDC au cœur des équilibres énergétiques du continent – en une feuille de route juridique et opérationnelle. L’enjeu est colossal : créer un corridor de croissance, générer des recettes publiques substantielles et, in fine, électrifier le développement d’une nation. La balle est maintenant dans le camp du Parlement. L’histoire retiendra-t-elle ce moment comme le véritable coup d’envoi de la renaissance énergétique congolaise ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
