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Pénurie d’eau à Kindu : la REGIDESO ne dessert que 10% de la population, une crise sanitaire majeure

À Kindu, au cœur du Maniema, le simple geste d’ouvrir un robinet pour obtenir de l’eau potable relève du luxe inaccessible pour la grande majorité. Cette réalité brutale a été mise en lumière lors d’un dialogue communautaire crucial organisé ce mardi 24 mars, réunissant une population exaspérée et les responsables de la Régie de distribution d’eau (REGIDESO). Le constat est sans appel : seulement 10% des habitants de la ville sont desservis par le réseau public. Cette statistique glaçante révèle l’ampleur d’une crise sanitaire qui, chaque jour, met en danger des milliers de vies.

« Pour trouver de l’eau à boire, il faut aller à 5 ou 8 kilomètres. Par manque de moyens, on utilise de l’eau de puits », confie, la voix empreinte de lassitude, Honorine Omari, résidente du quartier Mission. Son témoignage résume le calvaire quotidien de milliers de femmes et de jeunes filles, traditionnellement chargées de la corvée d’eau dans les foyers. Comment construire un avenir lorsque l’énergie des mères et des filles est entièrement absorbée par la quête d’un bien aussi fondamental ? Ces kilomètres parcourus, souvent à pied, sous un soleil de plomb, représentent bien plus qu’une fatigue physique : c’est du temps volé à l’éducation, aux soins du foyer, à des activités génératrices de revenus. Cette pénurie d’eau à Kindu perpétue un cycle d’inégalités et de pauvreté.

Lors de ce forum axé sur la gouvernance locale, la REGIDESO a dressé un tableau technique accablant pour expliquer cet échec. L’usine de production, conçue pour une autre époque, est aujourd’hui sous-dimensionnée face à l’explosion démographique de la ville. Les installations, vieilles de plusieurs décennies, n’ont pas connu de modernisation significative. Pire encore, le déficit chronique en énergie électrique paralyse les pompes, rendant toute production régulière impossible. Ces obstacles techniques, s’ils expliquent la situation, ne peuvent servir d’alibi éternel. La population, elle, doit composer avec les conséquences : consommation d’eau impropre prélevée dans des puits non protégés ou des rivières, exposant les familles à des maladies hydriques comme le choléra, la typhoïde ou les diarrhées aiguës. L’accès à l’eau potable en RDC, et particulièrement dans des villes comme Kindu, reste un défi majeur de santé publique.

Face à cette urgence, le dialogue communautaire sur l’eau a servi de caisse de résonance pour un appel lancé aux plus hautes autorités. Les participants, unanimes, ont exigé une intervention immédiate et tangible de l’État. « Le gouvernement doit impérativement venir en aide à la REGIDESO pour réhabiliter et améliorer ses infrastructures », a insisté Jacques Samine, porte-parole des préoccupations citoyennes. Cet appel n’est pas une simple demande, mais une injonction à agir pour sauver des vies. La réhabilitation du secteur de l’eau ne peut plus attendre. Elle nécessite des investissements massifs, une planification claire et une gestion transparente. La REGIDESO au Maniema a besoin de moyens à la hauteur de sa mission de service public.

Au-delà des tuyaux et des pompes, cette crise interroge la capacité de l’État à garantir les droits les plus élémentaires de ses citoyens. L’eau est source de vie, mais à Kindu, son absence est source de maladie et de précarité. Le dialogue du 24 mars a eu le mérite de poser les problèmes sur la table. Reste maintenant à transformer les paroles en actes concrets. La balle est dans le camp des décideurs. Jusqu’à quand les habitants de Kindu devront-ils parcourir des kilomètres pour une eau souvent dangereuse ? La réponse à cette question déterminera non seulement la santé de la population, mais aussi la crédibilité des engagements pris envers les communautés locales.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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