Sur les plateformes numériques en République Démocratique du Congo, les insultes et les attaques personnelles fusent régulièrement contre les femmes qui prennent la parole. « Tu es une mauvaise épouse », « Tu veux détruire nos traditions », peuvent lire celles qui osent défendre l’égalité. Cette violence verbale, banalisée, est le symptôme d’un mal profond qui ronge le tissu social. C’est pour briser ce cycle que la MONUSCO et l’organisation Balobaki Check ont sonné l’alarme, lors d’une conférence marquante à Kinshasa ce mardi 24 mars. Un appel vibrant à l’engagement collectif pour bannir les discours de haine et protéger les droits des femmes en RDC a retenti, visant à réécrire le narratif autour du féminisme au Congo.
L’événement, qui réunissait diverses catégories sociales dans le cadre du mois dédié aux droits des femmes, avait un objectif clair : combattre la désinformation et les stéréotypes nocifs. Léa Otshudi, chargée de programme chez Balobaki Check, a pointé du doigt la mécompréhension généralisée qui entoure le féminisme dans le pays. Souvent dépeint comme une importation occidentale ou une menace pour les valeurs familiales, le mouvement est victime de nombreuses fausses informations. Mais comment une aspiration à l’égalité peut-elle être à ce point diabolisée ? La réponse se niche peut-être dans la peur du changement et dans la persistance de normes sociales archaïques.
Dans l’ère du tout-numérique, les organisateurs ont insisté sur le rôle ambivalent des réseaux sociaux. Ces outils peuvent être de puissants leviers de sensibilisation pour les droits des femmes, mais ils se transforment aussi en caisse de résonance pour la désinformation qui cible les femmes. Des rumeurs infondées, des images manipulées et des appels à la haine circulent à grande vitesse, renforçant les préjugés et isolant les voix féminines. David Fundi, représentant de la MONUSCO en charge de la sensibilisation communautaire, a lancé un plaidoyer poignant pour une prise de conscience collective. « Nous devons absolument éviter ces stéréotypes, cette discrimination, ce discours et cette désinformation autour des causes de la femme », a-t-il martelé. Son message s’adresse particulièrement à la jeunesse et aux professionnels des médias, acteurs clés dans la construction de l’opinion publique.
Cet appel de la MONUSCO et de Balobaki Check ne se limite pas à de belles paroles. Il met en lumière l’urgence de déconstruire des siècles de représentations erronées. Promouvoir une approche inclusive du féminisme, comme l’a souligné David Fundi, c’est reconnaître que l’égalité des genres bénéficie à toute la société. Pourtant, le chemin reste semé d’embûches. Les réalités culturelles et politiques congolaises créent un terrain fertile pour les résistances. Le discours de haine contre les femmes n’est pas qu’un problème en ligne ; il reflète des inégalités bien réelles dans l’accès à l’éducation, à la santé ou aux postes de décision.
Alors, que faire face à ce défi ? La conférence a souligné la nécessité d’une éducation aux médias et d’un travail de fond au sein des communautés. Il s’agit de remplacer les préjugés par des faits, de donner la parole aux femmes elles-mêmes pour qu’elles racontent leurs histoires, et d’encourager les hommes à devenir des alliés dans ce combat. La lutte contre la désinformation visant les femmes en RDC est un pilier essentiel pour construire une paix durable et un développement équitable. En fin de compte, bannir le discours de haine n’est pas une option, mais une condition sine qua non pour l’avenir du pays. Chaque insulte proférée en ligne, chaque stéréotype colporté, est une pierre de plus dans un mur qui sépare la société. Le temps est venu de démolir ce mur, brique par brique, par l’engagement de tous.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
