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Sécurité ferroviaire en RDC : le déraillement mortel du Lualaba révèle un système à bout de souffle

Le crissement métallique a déchiré le silence de la brousse. Près du village de Kahundu, dans le Lualaba, un train de marchandises a brutalement quitté les rails, projetant dans un chaos de tôle et de cris des vies brisées en quelques secondes. Ce drame du 23 mars, qui a fait trois morts et six blessés graves, n’est malheureusement pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une sinistre série de déraillements qui ensanglantent les voies ferrées du sud de la République Démocratique du Congo, révélant au grand jour l’état de déliquescence d’un système ferroviaire à bout de souffle.

Comment en est-on arrivé là ? Pour l’ONG Justicia ASBL, vigilante dans la région, la réponse est sans appel : cette tragédie évitable est le fruit d’un cocktail explosif de négligences. Maître Thimothée Mbuya, président de l’organisation, dresse un constat accablant. Il pointe du doigt des infrastructures vétustes, héritées d’une autre époque. Les rails, usés et déformés par des décennies de service sans entretien sérieux, constituent un piège latent. Les locomotives, de véritables antiquités roulantes, sont sujettes à des pannes à répétition. À cela s’ajoute une pratique mortifère : la surcharge. Des wagons, mal entretenus, sont entassés de marchandises, tandis que des passagers, souvent clandestins, prennent des risques insensés en voyageant sur les toits, dans un équilibre précaire au-dessus du vide.

Le facteur humain, cependant, n’est pas en reste. Dans l’accident de Kahundu, la Société Nationale des Chemins de Fer du Congo (SNCC) a identifié une faute gravissime. Le conducteur du train, appartenant à un partenaire logistique, était en état d’ébriété et aurait commis un excès de vitesse. Pire, il s’agissait d’un « multirécidiviste », selon les termes du directeur général adjoint de la SNCC, Maître Trésor Kapuku Ngoy, un ancien agent révoqué pour les mêmes motifs. Cette révélation soulève une question brûlante : comment un tel individu a-t-il pu se retrouver aux commandes d’un convoi de plusieurs centaines de tonnes ? Cette situation interroge les procédures de contrôle et de sous-traitance, mettant en lumière les failles béantes d’une gouvernance ferroviaire déficiente en RDC.

Mais faut-il tout rejeter sur la faute d’un seul homme ? La SNCC elle-même, tout en pointant l’erreur du conducteur, concède l’état « précaire et vétuste » du réseau. Un aveu qui résonne comme un cri d’alarme. L’absence de signalisation fonctionnelle sur de nombreux tronçons, la fatigue des agents due à des conditions de travail difficiles, le manque de formation continue… Autant de facteurs qui créent un terrain propice aux accidents. L’ONG Justicia ASBL résume cette crise systémique par une formule cinglante : « Tout cela se résume à une faiblesse de gouvernance et de financement. » Un sous-investissement chronique asphyxie la SNCC, l’empêchant de procéder aux réhabilitations urgentes des voies, à l’achat de matériel roulant moderne et à la mise en place de protocoles de sécurité stricts.

Les conséquences sont là, palpables et douloureuses. L’accident de Kahundu a vu six wagons se renverser sur les quinze que comptait le convoi, écrasant sous des cathodes de cuivre des victimes qui ont subi des amputations traumatiques. Ce scénario cauchemardesque est-il une fatalité pour les populations du Lualaba et du Haut-Katanga, dont la vie économique et sociale dépend pourtant largement du rail ? Combien de familles devront encore pleurer un père, une mère, un enfant, avant qu’un plan national de sauvetage ne soit enfin mis en œuvre ?

Les recommandations de la société civile sont claires : il faut une amélioration radicale de la gouvernance au sein de la SNCC, une lutte sans merci contre la corruption qui grève les budgets, une réhabilitation d’urgence des rails et traverses, et l’acquisition de locomotives neuves. La sécurité ferroviaire au Congo ne peut plus être la variable d’ajustement de l’incurie et du laisser-aller. Chaque déraillement est une tragédie humaine qui aurait pu être évitée. Derrière les bilans chiffrés – trois morts, six blessés – se cachent des destins brisés, des douleurs infinies et une colère grandissante face à l’immobilisme des autorités. Le train congolais peut-il encore être remis sur les rails de la sécurité et de la dignité ? La réponse n’appartient pas seulement aux chemins de fer, mais à la volonté politique de tout un État.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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