Une refonte majeure est en cours pour le système de santé RDC, visant à briser sa dépendance historique à l’aide extérieure. Dans une tribune publiée ce mardi, le Président Félix Tshisekedi a détaillé une série de réformes audacieuses dont l’objectif ultime est clair : permettre à tout citoyen congolais d’accéder aux soins sans que cela ne plonge sa famille dans la précarité financière. Ce changement de paradigme est fondamental pour un pays où les paiements directs des ménages ont longtemps été le premier frein à l’accès aux soins.
Mais comment financer ce nouveau modèle d’accès universel ? La réponse du gouvernement repose sur deux piliers novateurs. D’abord, la création d’un fonds promotion santé alimenté par une taxe prélevée sur les importations. Ensuite, et c’est une première à cette échelle, l’instauration d’une assurance maladie obligatoire RDC. Ce système s’appuiera sur des cotisations partagées entre les travailleurs et leurs employeurs, suivant une logique de solidarité nationale. L’idée est simple : mutualiser les ressources pour protéger chacun.
Ces mécanismes sont conçus pour augmenter de manière structurelle et pérenne le budget santé RDC. Ils devraient permettre au pays de se rapprocher enfin des engagements continentaux, comme celui d’Abuja, qui recommande aux États africains d’allouer au moins 15% de leur budget annuel à la santé. Cette réforme santé Tshisekedi n’est donc pas qu’une promesse politique ; c’est une feuille de route financière concrète pour donner des moyens à un secteur sinistré depuis des décennies.
Pourtant, la réussite de ce projet ambitieux ne dépend pas uniquement de la collecte de fonds. Comme l’explique le Dr Jean Kaseya, directeur général du Africa CDC et co-auteur de cette réflexion, l’enjeu est tout autant dans la bonne gestion des ressources mobilisées. « Il ne s’agit pas seulement de mobiliser plus d’argent, mais aussi de mieux dépenser celui qui est disponible », souligne-t-il. En clair, chaque franc congolais investi doit être tracé et utilisé avec une efficacité maximale pour éviter les gaspillages qui ont miné le système par le passé.
Pour cela, la RDC travaille avec des partenaires comme le Africa CDC pour renforcer la transparence, réduire les pertes liées à la corruption ou aux mauvaises pratiques, et mieux coordonner les différents flux de financement. L’objectif est de construire un édifice solide, où chaque brique – de la construction d’un centre de santé à l’achat de médicaments – répond à un besoin précis et est soumise à un contrôle rigoureux.
Un défi colossal reste cependant à relever : l’intégration du secteur informel, qui représente la majorité des travailleurs en RDC. Comment faire cotiser ceux dont les revenus sont irréguliers et qui évoluent en dehors des circuits formels ? Le gouvernement affirme avoir prévu une approche progressive. Des mécanismes adaptés, comme des cotisations forfaitaires ou modulables, sont à l’étude pour ne laisser personne au bord du chemin. La pérennité de l’assurance maladie obligatoire en dépendra directement.
Pour le citoyen congolais, que signifient concrètement ces annonces ? À terme, cela pourrait marquer la fin du terrible dilemme entre se soigner et se ruiner. Imaginez-vous devoir vendre vos biens ou vous endetter à vie pour une simple opération chirurgicale ? C’est encore une réalité pour des milliers de familles. Les nouvelles mesures visent précisément à effacer ce scénario catastrophe. Un système de santé plus équitable et plus efficace n’est pas seulement une question de bien-être ; c’est un puissant levier pour la productivité et la stabilité économique du pays.
Cette ambition se construit dans un contexte national difficile, marqué par d’importants défis sécuritaires et économiques. C’est précisément ce qui rend cette réforme santé aussi cruciale. En construisant un système résilient et moins dépendant, la RDC ne prépare pas seulement l’avenir de sa population ; elle renforce sa souveraineté en matière de santé publique. Le chemin sera long et semé d’embûches, mais la volonté politique affichée et les réformes structurelles engagées marquent un tournant dont les effets pourraient, à long terme, transformer profondément le quotidien de millions de Congolais.
Article Ecrit par Amissi G
Source: mediacongo.net
