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RDC : Bemba lance un plan choc contre l’hécatombe routière

Lors de la 86e réunion du Conseil des ministres tenue à Kinshasa, le gouvernement de la République démocratique du Congo a officiellement adopté le Plan national de sécurité routière (PNSR), une feuille de route ambitieuse portée par le Vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba Gombo. Ce dispositif, élaboré sur instruction du Président de la République, se fixe pour cap de réduire de moitié le nombre de décès sur les routes congolaises d’ici l’horizon 2030. Une annonce qui intervient dans un contexte d’inquiétude grandissante face à l’hécatombe routière, mais qui soulève déjà des questions sur sa capacité à infléchir une réalité tragique et complexe.

Dans son intervention, Jean-Pierre Bemba a dressé un diagnostic sans concession des maux qui frappent le réseau routier national. « L’examen du diagnostic de sécurité routière relève de manière non exhaustive des constats majeurs qui permettent d’identifier les causes profondes des risques routiers », a-t-il déclaré, pointant du doigt l’état des engins, le cadre légal défaillant, les comportements humains à risque et la vétusté des infrastructures. Le PNSR s’articule ainsi autour de plusieurs piliers : l’actualisation du code de la route en RDC, la lutte contre les comportements dangereux, le renforcement de l’éducation et l’amélioration de la sécurité des voies. « Ce plan national s’affirme comme un instrument stratégique porteur d’une vision commune et mobilisatrice », a souligné le ministre, appelant à une union sacrée pour atteindre l’objectif.

Cette initiative gouvernementale fait écho aux alertes répétées de la Première ministre Judith Suminwa. Dès novembre dernier, lors d’un Conseil des ministres, elle avait exprimé la « profonde préoccupation » de l’exécutif face à la recrudescence des accidents de circulation, tant à Kinshasa qu’à l’intérieur du pays. Elle avait alors invité les ministres compétents à veiller à l’application stricte du contrôle technique obligatoire pour les véhicules de service public, réaffirmant l’engagement ferme du gouvernement en faveur de la sécurité routière. Les autorités kinoises avaient, de leur côté, lancé des opérations de contrôle technique, présentées comme un moyen de garantir la sécurité des usagers et de protéger l’environnement.

Cependant, derrière les déclarations d’intention et les dispositifs annoncés, le terrain offre un visage bien moins reluisant. La recrudescence des accidents de circulation en RDC est le fruit d’une combinaison toxique : comportements imprudents des conducteurs – vitesse excessive, alcool, stupéfiants – et état déplorable de la voirie, marquée par un mauvais entretien et un manque criant de signalisation. Comment un plan, aussi bien intentionné soit-il, peut-il véritablement endiguer le fléau sans s’attaquer frontalement à ces racines profondes ? L’état dégradé des routes constitue, de l’aveu même de nombreux acteurs, un frein majeur à l’adhésion des chauffeurs aux mesures de contrôle. Pourquoi se soumettre à des vérifications techniques coûteuses si les chaussées elles-mêmes sont des pièges ?

Le scepticisme est palpable parmi les observateurs et les usagers. Certains dénoncent une approche souvent perçue comme purement formelle, où l’argent collecté via les amendes ou les contrôles risquerait de nourrir des circuits opaques plutôt que d’être réinvesti dans la réhabilitation des infrastructures. Le gouvernement joue ici un jeu politique subtil. En brandissant un plan national de sécurité routière ambitieux, il cherche à restaurer une image de responsabilité et d’action face à une opinion publique traumatisée par les drames routiers. Mais l’échec d’initiatives passées, combiné à l’ampleur des défis logistiques et financiers, plane comme une ombre sur ce nouveau projet. La crédibilité de l’exécutif est en jeu : saura-t-il transformer cette annonce en actions concrètes et palpables pour les Congolais ?

Les prochains mois seront décisifs. La mise en œuvre effective du PNSR nécessitera une coordination sans faille entre plusieurs ministères, des investissements massifs dans les infrastructures et une campagne de sensibilisation d’envergure pour modifier les comportements. L’actualisation du code de la route devra être suivie d’une application stricte et impartiale de la loi, dans un contexte où l’impunité est souvent la règle. Jean-Pierre Bemba, figure politique aguerrie, porte désormais sur ses épaules l’espoir de rendre les routes congolaises plus sûres. Le pari est audacieux, et son issue incertaine. Dans un pays où les priorités sont multiples et les ressources limitées, la sécurité routière à Kinshasa et au-delà pourra-t-elle vraiment devenir une priorité absolue ? La route vers 2030 s’annonce longue et semée d’embûches.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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