Les rues de Matete se transforment en rivières de boue à chaque saison des pluies. Une image qui résume le drame quotidien de cette commune kinoise, où les inondations sont devenues une fatalité. Aujourd’hui, une lueur d’espoir émerge avec le déblocage d’un financement crucial de la Banque mondiale, d’un montant de 213 437,89 dollars. Cette enveloppe est destinée à un projet de curage des caniveaux et collecteurs, un premier pas vers une résilience urbaine tant attendue.
Mais pourquoi Matete est-elle si vulnérable ? L’ironie du sort veut que cette ancienne commune, dotée par les colons d’un réseau de canalisation, suffoque aujourd’hui sous le poids de ses propres déchets. Les artères urbaines, conçues pour évacuer l’eau, sont bouchées par des montagnes de bouteilles plastiques et d’immondices. Ce projet, s’il est mené à bien, pourrait redonner vie à ces veines obstruées.
L’exécution de ces travaux d’assainissement à Matete est confiée à l’Entreprise Africaine de Génie Civil (SAGEC SARL), sous la supervision du ministère des Infrastructures et Travaux publics. Un choix qui en dit long sur la méfiance des autorités envers les entreprises nationales pour ce type de mission critique. Le contrôle technique sera assuré par le BICEE, tandis que la méthode « Thimo » (Travaux à Haute Intensité de Main-d’Œuvre) sera privilégiée. Cette approche vise non seulement à déboucher les canalisations dans six quartiers ciblés – Anunga, Baboma, Bahumbu, Batende, Kinsaku et Pululu – mais aussi à créer des emplois temporaires locaux sur une durée de trois mois.
Le projet de résilience aux inondations urbaines en RDC, dont ce curage est une composante, soulève des questions fondamentales. S’agit-il d’une simple opération de nettoyage ou du début d’une prise de conscience écologique profonde ? Les inondations à Kinshasa ne sont pas une simple nuisance ; elles sont le symptôme d’une gestion désastreuse des déchets et d’une urbanisation anarchique. Chaque canal bouché est une ligne de défense qui cède, exposant des milliers de foyers aux eaux stagnantes, aux maladies hydriques et à la destruction de leurs biens.
L’enjeu dépasse largement le cadre de Matete. Le succès ou l’échec de cette initiative financée par la Banque mondiale servira de test pour la capacité de la RDC à gérer ses crises environnementales urbaines. La résilience face aux inondations passe par un changement de paradigme : cesser de voir les caniveaux comme des dépotoirs et les considérer comme des infrastructures vitales. La population, première victime, devra également être associée pour éviter que les nouveaux collecteurs ne soient à nouveau sacrifiés sur l’autel de l’insalubrité.
Le compte à rebours est lancé. Dans trois mois, les quartiers de Matete sauront si cette intervention chirurgicale a permis de désengorger leurs artères. L’urgence est là, palpable. Les pluies suivantes seront le juge de paix de ce projet. Si les fonds sont utilisés à bon escient et que les travaux sont réalisés avec rigueur, Matete pourrait devenir un exemple de lutte contre les inondations. Dans le cas contraire, ce seront 213 437,89 dollars engloutis dans les eaux troubles de l’inefficacité, et une population abandonnée à son sort. La bataille pour l’assainissement à Kinshasa se gagne quartier par quartier, caniveau par caniveau. Matete est aujourd’hui sur la ligne de front.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
