AccueilActualitéSociétéSteve Mbuyi détenu à l'auditorat militaire : une facture d'eau qui tourne...

Steve Mbuyi détenu à l’auditorat militaire : une facture d’eau qui tourne au cauchemar

Une simple facture d’eau a failli coûter sa liberté à un journaliste kinois. Steve Mbuyi, de la rédaction de B-One TV, a connu l’angoisse des barreaux pendant 48 heures, enfermé dans un cachot de l’auditorat militaire de Kinshasa/Ngaliema. Son crime ? Avoir osé contester, avec véhémence, une facturation qu’il estime abusive de la part de sa bailleresse. Cette affaire banale, un conflit entre un locataire et son propriétaire, a pris une tournure judiciaire et sécuritaire démesurée, interrogeant sur la protection des citoyens et la liberté de la presse en République Démocratique du Congo.

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres ? Une facture de la REGIDESO, la société nationale de distribution d’eau, qui a mystérieusement doublé en l’espace de trois mois seulement. « Comment expliquer une telle augmentation sans justification ? », s’interrogeait probablement Steve Mbuyi avant d’aller réclamer des comptes. Une situation d’autant plus troublante que, selon son média employeur, la parcelle où il réside ne serait même pas encore enregistrée officiellement auprès de la REGIDESO. Ce détail technique soulève une question majeure : sur quelle base la bailleresse établit-elle alors cette facture d’eau ? Le litige, qui aurait dû rester dans le domaine civil, a basculé dans la violence physique.

Après sa réclamation, le journaliste a été violemment passé à tabac par les fils de sa propriétaire. Une agression qui a conduit à l’interpellation des agresseurs par la police, mais qui n’a pas suffi à calmer les esprits. Bien au contraire. L’affaire a pris un chemin détourné vers l’auditorat militaire de Ngaliema. Là, la bailleresse et sa famille ont retourné la situation, accusant Steve Mbuyi d’avoir orchestré une agression par des bandits à son encontre. Une accusation grave, qui contraste étrangement avec les constatations rapportées, à savoir que la dame se portait bien et ne présentait aucun signe apparent de violence.

Pourtant, sur la base de ces allégations, le journaliste a été arrêté et soumis à une audition dans ce cadre militaire. Pendant deux jours, un professionnel des médias a été traité comme un détenu de droit commun pour une affaire de conflit locataire-bailleur. Cette incarcération à l’auditorat militaire de Kinshasa pose de sérieuses questions sur l’usage des institutions sécuritaires dans des litiges privés. Où est la limite ? Quand un différend sur une facture d’eau justifie-t-il le recours à la justice militaire et une détention préventive ? Cette situation crée un dangereux précédent pour tous les citoyens, et particulièrement pour les journalistes souvent exposés.

Finalement relâché après 48 heures d’une détention qui a marqué les esprits, Steve Mbuyi ne sort pas indemne de cette épreuve. Son média annonce qu’il est désormais contraint de quitter son domicile pour des raisons de sécurité. Ainsi, non seulement il a subi une agression, une détention arbitraire, mais il perd aussi son logement. Cette affaire révèle une vulnérabilité criante. Elle illustre comment un citoyen, et a fortiori un journaliste dont le rôle est de questionner le pouvoir, peut se retrouver piégé par un système où la plainte d’une partie semble suffire à mobiliser l’appareil répressif de l’État.

Au-delà du cas individuel de Steve Mbuyi, cette histoire jette une lumière crue sur les dysfonctionnements sociaux et judiciaires en RDC. Elle met en évidence la précarité des droits des locataires face à certains bailleurs, les failles dans le système de facturation de services essentiels comme l’eau par la REGIDESO, et surtout, l’inquiétante facilité avec laquelle les mécanismes de la justice militaire peuvent être détournés pour régler des comptes personnels. Dans un pays où la liberté de la presse est un combat quotidien, la détention d’un journaliste pour une telle raison envoie un signal terriblement négatif. Cela rappelle à tous les acteurs de la société civile et de la presse congolaise la fragilité de leur statut et la constante nécessité de vigilance pour défendre les droits fondamentaux, face à des dérives qui, sous couvert de procédure, menacent les libertés individuelles.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 11 Avril 2026

Mambasa, Nord-Kivu et Kinshasa sous tension : enlèvements, exil forcé, assassinat. L’Assemblée adopte une loi phare pour la souveraineté alimentaire, la BCC change de cap avec l’or artisanal. Au Maniema, priorité à l'économie verte. Lubumbashi lance l'économie culturelle sous l'impulsion de Judith Suminwa. Retrouvez l’essentiel de l’actualité du 11 avril dans ce brief.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques