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Catastrophe au Kasaï-Central : le pont Katusenga noyé, la RN41 coupée entre Kananga et Ilebo

Imaginez devoir payer l’équivalent d’une journée de travail pour simplement faire traverser une moto à une rivière. C’est la réalité cauchemardesque que vivent depuis des semaines les habitants du territoire de Demba, au Kasaï-Central, après que les pluies diluviennes ont transformé le chantier du pont Katusenga en un piège aquatique. La Route nationale 41, artère vitale reliant Kananga à Ilebo, est désormais une cicatrice béante dans le paysage, coupant net le flux des vies et des marchandises. Comment une région entière peut-elle se retrouver ainsi otage des intempéries et de l’immobilisme ?

Le constat est amer et les images, diffusées sur les réseaux sociaux, parlent d’elles-mêmes : la passerelle provisoire établie par l’Office des routes (OR) est submergée. Les eaux boueuses de la rivière Katusenga ont englouti le projet, révélant au passage la vulnérabilité extrême des infrastructures de transit en République Démocratique du Congo. Cet épisode d’inondation au Kasaï-Central n’est pas une simple anomalie climatique ; c’est le symptôme d’un malaise plus profond, celui de projets lancés sans planification suffisante face aux réalités saisonnières du pays.

Sur le terrain, la paralysie est totale. « C’est une grande difficulté pour la population », alerte Marcel Masanka, coordonnateur de la Nouvelle Société civile congolaise de Demba. Son témoignage, recueilli par nos confrères, peint un tableau de désolation économique. Les motos, seuls véhicules encore en mesure de tenter le passage, doivent être littéralement portées par des jeunes des villages alentour, moyennant une taxe de survie de 5 000 à 7 000 francs congolais. Un coût exorbitant pour des usagers souvent précaires. Pire encore, les « Bayanda », ces transporteurs de marchandises à vélo, voient leur temps de trajet exploser, perdant plus de six heures dans ce goulot d’étranglement. « Il y a un engouement total sur cet axe », résume Marcel Masanka, utilisant un euphémisme pour décrire le chaos.

Les conséquences de cette coupure de la Route nationale 41 dépassent largement le simple inconvénient. C’est l’économie locale qui est asphyxiée. Les denrées périssables risquent la pourriture, les prix des produits de première nécessité flambent à mesure que l’offre se raréfie, et l’isolement guette les communautés riveraines. Le trafic entre Kananga et Ilebo, essentiel pour l’approvisionnement de toute une province, est réduit à un fil ténu et onéreux. Cette situation pose une question cruciale : jusqu’où les populations doivent-elles s’adapter à la défaillance des ouvrages publics ?

Le pont Katusenga à Demba n’était pourtant pas un projet marginal. Il s’inscrivait dans un programme étatique visant à remplacer quatre traversées précaires par des infrastructures durables. Financé par l’État congolais, il devait symboliser la marche vers le développement. Aujourd’hui, il incarne plutôt l’abandon. Les travaux sont à l’arrêt depuis plus d’un mois, laissant la population dans l’expectative et l’amertume. L’appel lancé par la société civile de Demba résonne comme un cri d’alarme : elle en appelle au Gouvernement central pour une intervention urgente afin de relancer les travaux et sécuriser définitivement le passage.

Derrière ce chantier inondé se profile un enjeu national. La RDC, avec son immense territoire et son réseau hydrographique dense, ne peut se permettre de voir ses raies vitales routières se rompre à chaque saison des pluies. Chaque pont emporté, chaque route effondrée, c’est un peu plus de tissu social qui se déchire et une opportunité de développement qui s’évapore. L’incident de la Katusenga doit servir de leçon. Il ne s’agit pas seulement de pomper de l’eau et de reprendre le bétonnage. Il s’agit de repenser la résilience des infrastructures, d’anticiper les impacts du changement climatique et, surtout, de restaurer la confiance des citoyens en la capacité de l’État à réaliser des ouvrages pérennes.

En attendant, les habitants de Demba et des zones connectées continuent de payer le prix fort, au sens propre comme au figuré. Leur patience et leur résilience sont mises à rude épreuve. L’urgence n’est pas seulement technique ; elle est humaine. Combien de temps encore devront-ils composer avec cette fracture dans leur quotidien ? La réponse à cette question dépendra de la célérité et de la détermination avec lesquelles les autorités répondront à l’appel pressant des citoyens. L’avenir du trafic sur l’axe Kananga-Ilebo, et la crédibilité des promesses de développement, se jouent aujourd’hui sur les rives boueuses de la Katusenga.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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