Chaque jour, l’actualité congolaise de cette semaine a résonné comme une alerte généralisée. Dans l’Est, les rafales d’armes et les colonnes de déplacés. À Kinshasa, la peur du braquage et l’espoir d’un numéro d’urgence. D’Ituri au Kasaï, du Nord-Kivu au Bas-Uele, nul n’échappe à l’épidémie d’insécurité qui menace de faire imploser notre cohésion et d’étouffer nos espoirs collectifs. Où est la protection attendue ? Où sont la justice et la dignité promises ?
Les chiffres, derrière la froidure, sont d’une cruauté extrême : une trentaine de civils enlevés dans une nouvelle attaque ADF à Mambasa ; plus de 40 000 déplacés, sans abri ni secours, jetés sur les routes de Walikale et de tout le Nord-Kivu après les combats FARDC–AFC/M23 ; treize enfants emportés par des assaillants au Bas-Uele, frôlant la frontière centrafricaine ; 500 familles réfugiées à Kalemie, qui perdent tout dans un incendie criminel. Sur tous ces drames, les mêmes regards épuisés, le même silence des autorités ou la même annonce d’enquête qui ne vient jamais vraiment.
Le cancer sécuritaire n’épargne plus la capitale : nouveaux braquages à Kinshasa, assassinats ciblés, extorsions et disparition de citoyens. Le gouvernement expérimente la « solution d’urgence » du numéro unique policier – mesure qui, si elle montre une écoute, reste un pansement symbolique sur une plaie hémorragique. Les populations, elles, ne veulent plus de discours ni de simples cellules interministérielles. Elles crient partout pour qu’on leur restitue ce bien fondamental : la sûreté.
Derrière les colonnes chiffrées ou les réformes égrenées en hémicycle, le sentiment d’abandon domine: dans le tumulte des négociations de paix (Genève, Doha, Suisse), les délégués congruent sans rassurer ; à l’Assemblée ou dans les couloirs des ministères, on s’accorde sur des démobilisations partielles (Mobondo, M23), sans stratégie d’ensemble, sans réinsertion massive, sans gouvernance nouvelle. Même sur le terrain économique, la sécurité manque, car les barrières illégales à Walikale étranglent l’économie locale et font payer 20 000 FC pour un simple aller-retour, plongeant commerçants et familles dans la misère. Les frontières avec nos voisins témoignent aussi de l’échec : désormais, les réseaux du crime et de la corruption traversent le pays bien plus que les caravanes de paix. Les réponses diplomatiques régionales (Tanzanie, Congo-Brazzaville, Rwanda, ONU) apparaissent trop lentes face à la détresse quotidienne des Congolais.
Contextualisons. La semaine passée, déjà, l’escalade sévissait : enlèvements massifs, raids sanglants, violence urbaine incontrôlée, promesses de plans d’armes à feu. Cette semaine, le phénomène empire et s’installe. Les réponses institutionnelles restent encore, à l’heure du bilan, fragmentées, sinon symptomatiques. La crise sécuritaire a gagné tout le pays et, avec elle, la crise de confiance. Il faut le dire clairement: sans un sursaut collectif, c’est toute l’architecture de notre avenir qui vacille.
L’heure n’est plus aux diagnostics éculés ni aux demi-mesures. Faudra-t-il attendre une tragédie encore plus grave, une exode d’enfants ou l’embrasement urbain, pour passer enfin d’une riposte d’urgence à une stratégie nationale et inclusive ? La sécurité doit redevenir la priorité absolue, condition de toute justice, de toute relance économique, de toute confiance populaire – non seulement à l’Est, mais dans chaque rue et chaque foyer de la République. Les actes doivent remplacer les paroles : audit sur l’efficacité des dispositifs, mobilisation citoyenne, gouvernance nouvelle pour la réinsertion des ex-combattants, coopération régionale rendue effective – voilà les vrais chantiers. Il en va du destin même de la nation. Ensemble, exigeons le changement avant que la peur ne devienne la norme et la lassitude, notre seul horizon.
— La Rédaction de CongoQuotidien
