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Nord-Kivu : les barrières illégales étranglent l’économie locale à Walikale

« Ils nous sucent le sang, à chaque pas, c’est 2 000 francs. Mon bénéfice de la journée y passe. » La voix d’Alphonsine, vendeuse de manioc, tremble de colère impuissante. Son calvaire quotidien ? Emprunter la route Walikale-Musenge, un axe pourtant court, transformé en un dédale de points de contrôle illégaux où la libre circulation en Nord-Kivu est mise à rude épreuve.

L’axe via Katoroka, moins de 50 kilomètres, était la bouée de sauvetage des petits porteurs et des habitants aux moyens modestes. Une alternative économique à la route d’Itebero. Mais aujourd’hui, cette voie vitale est coupée par une succession de barrières routières Walikale érigées par des groupes d’autodéfense, les wazalendo. À Nyasi, Butua, Kasoni, Idambo… le scénario est identique : la main tendue, une somme fixe, aucune justification. Une véritable taxation sauvage qui étrangle l’économie locale.

Le village de Kasoni symbolise à lui seul l’absurdité de la situation. Deux barrières se font face à moins de cinq mètres, chacune sous un commandement différent. « On dirait une compétition. À peine tu paies à la première qu’on te réclame à la suivante. Refuser ? C’est s’exposer aux menaces ou à une interminable rétention », confie un habitant, sous couvert d’anonymat. Comment une telle prolifération a-t-elle pu voir le jour sans réaction des autorités ?

L’impact est catastrophique pour les petits commerçants RDC. Un aller-retour entre Walikale centre et Musenge peut engloutir jusqu’à 20 000 francs congolais. Une somme faramineuse dans une région où la précarité est reine. « Parfois, ce que je gagne au marché ne couvre même pas les frais payés en route », se lamente une commerçante de Musenge. L’effet est immédiat : renchérissement des produits sur les marchés, appauvrissement des ménages, isolement des communautés. Le tissu économique local se délite à chaque barrière franchie.

Face à ces frais excessifs Nord-Kivu, l’exaspération grandit. L’appel est unanime, des simples citoyens à la société civile : une intervention urgente des autorités administratives et sécuritaires est nécessaire. Il ne s’agit pas de diaboliser qui que ce soit, mais de rétablir un ordre minimal et la primauté de l’État. La demande est claire : réguler strictement, supprimer les points illégaux, et sensibiliser ceux qui perçoivent ces « péages ». La libre circulation Nord-Kivu n’est pas un privilège, mais un droit fondamental et un préalable au développement.

« Nous demandons simplement la justice et la dignité. Circuler ne doit pas être un luxe », lance un jeune du groupement Bafuna. Son cri du cœur résume le sentiment de toute une population prise en étau. Au-delà de l’argent, c’est le sentiment d’injustice et d’abandon qui ronge. Dans une zone déjà fragilisée par l’insécurité, ces barrières érigent des murs invisibles de défiance entre les citoyens et toute forme d’autorité.

La situation sur l’axe Walikale-Musenge est un test. Un test de la capacité de l’État à protéger ses citoyens des exactions et à garantir l’espace minimal nécessaire à la vie et au commerce. Agir maintenant, c’est soulager des milliers d’Alphonsine. C’est aussi désamorcer une bombe sociale à retardement, où la colère, contenue, pourrait bien finir par exploser. La question n’est plus de savoir si une action est nécessaire, mais si la volonté politique existe pour la mener. L’économie de Walikale, et la dignité de ses habitants, sont suspendues à cette réponse.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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