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Nord-Kivu : Les veuves de militaires, abandonnées et réprimées, frappent à la porte de la MONUSCO

Elles ont marché des heures, le cœur lourd et l’espoir fragile. Dans le quartier de Boikene à Beni, des centaines de femmes aux yeux cernés par l’inquiétude et des enfants au regard trop mûr pour leur âge font face au siège de la MONUSCO. Leur histoire ? Celle d’un abandon qui sonne comme une trahison. Privées des rentes de leurs époux militaires tombés au front, ces veuves militaires RDC et ces orphelins soldats Nord-Kivu n’ont plus que l’ONU pour dernier rempart contre la faim.

« Certaines d’entre nous n’ont rien perçu depuis quatorze mois. Comment survivre ? », lance l’une d’elles, la voix brisée mais le regard droit. La délégation venue de Goma en mars dernier incarne la détresse absolue. Leur existence a basculé du jour au lendemain lorsque les services de paie ont brutalement suspendu le versement des rentes militaires impayées. Un blocage administratif opaque, sans justification, qui condamne des familles entières à la précarité la plus totale.

Derrière chaque dossier « gelé à l’Inspection générale » se cache une tragédie humaine. Faute de soins et de nourriture, huit veuves et plusieurs orphelins auraient déjà succombé. Ce chiffre, murmuré avec une douleur contenue, illustre l’urgence de cette crise humanitaire Beni. Ces morts évitables sont-elles le prix silencieux payé par les familles de ceux qui ont donné leur vie pour la nation ?

Leur quête de justice s’est heurtée à un mur de violence et de mépris. « Si tu oses réclamer, on te chasse comme un chien », racontent-elles en chœur. Les gaz lacrymogènes et les tirs de sommation seraient devenus la réponse des autorités à leurs légitimes revendications. Après avoir frappé en vain aux portes du gouvernorat et de l’état-major, le siège de la MONUSCO Beni apparaît comme leur ultime recours. Un dernier espoir pour faire entendre une voix étouffée par l’indifférence.

Face à cette souffrance collective, Josiah Obat, chef de bureau de la MONUSCO sur place, a écouté. Il a exprimé la compassion de la mission tout en rappelant les limites de son mandat. Promesse a été faite d’accompagner les démarches auprès des autorités compétentes pour débloquer cette situation intolérable. Mais les mots suffiront-ils à apaiser des ventres vides et à panser des plaies morales aussi profondes ?

À ce jour, le silence des autorités militaires congolaises reste assourdissant. Aucune explication n’a été fournie concernant le blocage systémique des dossiers, aucune réponse aux accusations de mauvais traitements. Ce mutisme interroge sur la valeur accordée à la parole de celles qui portent le deuil des soldats. Comment une nation peut-elle tourner le dos aux familles de ses propres défenseurs ?

Cette situation met en lumière une faille béante dans le système de protection sociale des familles des forces armées. Elle pose une question fondamentale sur le contrat moral qui lie l’État à ses serviteurs et à leurs héritiers. La précarité dans laquelle sont plongées ces veuves et ces orphelins est un poison qui ronge la confiance dans les institutions. Si ceux qui meurent pour le pays ne peuvent assurer l’avenir des leurs, quel message est envoyé à ceux qui servent encore ?

L’intervention de la MONUSCO, bien que nécessaire, ne doit pas servir d’alibi à une défaillance de l’État congolais. Elle met en exergue l’incapacité des structures nationales à honorer leurs engagements les plus sacrés. La dignité des familles des héros tombés au combat ne devrait-elle pas être une priorité absolue, un devoir sacré pour toute la nation ? Le sort réservé à ces femmes et ces enfants est le miroir de notre humanité collective. Un miroir qui, aujourd’hui, renvoie une image bien sombre.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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