Le paysage économique de la capitale congolaise est à l’aube d’une métamorphose structurelle majeure. Ce mardi 7 avril 2026, l’Hôtel de ville de Kinshasa a enclenché la phase opérationnelle de la réouverture tant attendue du Grand Marché Kinshasa, plus connu sous le nom de « Zando ». Le gouverneur a officiellement lancé les opérations de souscription pour l’obtention des futurs emplacements commerciaux au sein du nouveau complexe. Cette démarche, qui s’étendra jusqu’au 20 avril sur le site du Jardin botanique, marque un tournant décisif dans le processus de formalisation et de professionnalisation du secteur du commerce de détail et de gros dans la métropole.
Cette souscription étal Kinshasa ne se limite pas à un simple enregistrement. Elle constitue le premier filtre d’une stratégie urbaine visant à transformer un espace commercial historique, autrefois symbole d’anarchie et d’insécurité, en un pôle économique moderne, structuré et sécurisé. Les autorités entendent ainsi passer d’une économie informelle prédominante à un écosystème régulé, générateur de recettes fiscales et propice aux investissements. Mais cette transition se heurte-t-elle aux réalités du terrain ? La rigueur des conditions éligibilité marché central annoncées en est le premier test.
Pour prétendre à un kiosque, un étal ou une chambre froide, les requérants doivent en effet répondre à un cahier des charges exigeant. Être de nationalité congolaise ou représenter une société de droit local constitue la pierre angulaire de cette politique de priorité nationale. Les ressortissants étrangers ne sont pas exclus, mais l’obligation de détenir une carte de résident valide et en règle agit comme un garde-fou. Au-delà de la simple identité, l’âge minimum de 18 ans et la justification de la qualité de commerçant visent à garantir un minimum de professionnalisme. L’exigence la plus significative sur le plan économique reste sans conteste la preuve de paiement de l’impôt foncier ou sur le revenu locatif pour obtenir le quitus fiscal. Cette mesure place la régularité fiscale au cœur du processus d’attribution, une petite révolution dans un secteur souvent échappant au radar du fisc.
L’opération d’identification, menée chaque jour de 8h30 à 16h30, s’apparente donc à un vaste audit du tissu commercial kinois. Elle cherche à distinguer les acteurs structurés, prêts à intégrer un cadre formel, des vendeurs occasionnels. Cette sélectivité est un pari. D’un côté, elle promet une gestion plus saine, une sécurité renforcée pour les biens et les personnes, et une meilleure qualité des services pour les consommateurs. De l’autre, elle risque d’exclure une frange de petits vendeurs qui animaient l’ancien marché mais ne remplissent pas tous les critères administratifs, notamment fiscaux. La réussite de la réouverture Zando dépendra de la capacité des autorités à accompagner cette transition sans créer de fracture sociale, tout en maintenant l’âme et la vitalité commerciale des lieux.
Sur le plan macroéconomique, la relance du Grand Marché central représente un levier de croissance non négligeable. En canalisant des milliers de commerçants dans un espace aménagé, la ville de Kinshasa espère créer un hub logistique et commercial efficient, réduisant les coûts de transaction et attirant une clientèle plus large. L’inclusion de chambres froides répond directement au défi de la conservation des denrées périssables, un enjeu crucial pour la sécurité alimentaire et la réduction du gaspillage. Cette modernisation des infrastructures pourrait avoir un effet d’entraînement sur toute la chaîne de valeur, des producteurs aux distributeurs.
Cependant, des zones d’ombre persistent. Le calendrier serré des inscriptions, les capacités d’accueil limitées du nouveau complexe et la transparence du processus d’attribution après la phase d’enregistrement sont autant de points de vigilance. Les commerçants, entre espoir et scepticisme, attendent de voir si cette promesse de renouveau se concrétisera par une gestion équitable et une réelle valeur ajoutée pour leur activité. La commerce Kinshasa de demain se dessine aujourd’hui au Jardin botanique. Si cette opération de souscription est un succès, elle pourrait servir de modèle pour la réhabilitation d’autres marchés de la capitale, participant ainsi à la formalisation progressive de l’économie congolaise. Dans le cas contraire, elle risque de n’être qu’un nouvel épisode dans la longue histoire des tentatives avortées de régulation du secteur informel. L’enjeu dépasse la simple attribution d’étals ; il s’agit de redéfinir les règles du jeu économique dans le cœur battant de la République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
