Imaginez la vie de Désiré, dix ans, qui a fui son village de Djugu il y a trois saisons des pluies. Sa journée ne rime plus avec le chemin de l’école, mais avec la recherche d’un peu d’eau et la peur au ventre. Son histoire, c’est celle de milliers d’autres en Ituri, où un enfant sur deux grandit dans l’ombre des conflits. Aujourd’hui, une lueur d’espoir se profile à l’horizon pour lui et plus de 30 000 personnes vulnérables de la province. Un projet ambitieux de transferts monétaires humanitaires, baptisé « Résilience pour les enfants », vient d’être officiellement lancé à Kinshasa, porté par un financement de 5 millions de dollars américains de la République de Corée et mis en œuvre par l’UNICEF.
Mais au-delà de l’aide financière directe, quel impact concret peut avoir ce projet sur le quotidien déchiré des familles de l’Ituri ? Face à une crise humanitaire d’une ampleur vertigineuse – avec près d’un million de déplacés internes et 700 000 retournés selon les chiffres avancés par le gouvernement – les besoins sont colossaux. La ministre d’État en charge des Affaires sociales et humanitaires, Ève Bazaiba, n’a pas manqué de le rappeler lors du lancement. Elle a pointé du doigt « l’une des crises les plus profondes de son histoire » pour la RDC, exacerbée par l’insécurité, où les enfants paient le tribut le plus lourd.
Les chiffres donnent le tournis et dessinent le portrait d’une génération en danger. Une augmentation alarmante de 46% des violations graves des droits de l’enfant, incluant meurtres, mutilations et violences sexuelles, a été enregistrée au premier semestre 2025. Pire encore, plus de 1,3 million d’enfants sont privés d’école. Dans ce contexte, le projet « Résilience pour les enfants + » ne se contente pas d’une réponse d’urgence. Il s’attaque aux racines de la précarité en visant l’amélioration de l’accès aux services sociaux de base : nutrition, santé maternelle et infantile, eau potable, hygiène et assainissement.
« Cet appui va au-delà de l’urgence humanitaire pour s’attaquer aux besoins structurels », a affirmé l’ambassadeur de la République de Corée en RDC, Jeong Hong Geun. Une vision partagée par le représentant pays de l’UNICEF, John Agbor, pour qui l’initiative doit consolider les systèmes de protection de l’enfance et soutenir une scolarisation sécurisée. L’accent sera mis sur la prévention des violences et l’offre d’un soutien psychosocial crucial pour les enfants déplacés et ceux des communautés d’accueil, dont la résilience est mise à rude épreuve.
Concrètement, le volet éducation du programme prévoit de faciliter l’accès à des apprentissages alternatifs et à des formations professionnelles pour 4 500 enfants et adolescents. Parallèlement, 5 760 enfants victimes de violations, dont la moitié sont des filles, bénéficieront d’une prise en charge holistique incluant un accompagnement médical, psychosocial et légal. Ces transferts monétaires humanitaires offrent ainsi une bouée de sauvetage, permettant aux familles de retrouver une certaine autonomie dans la satisfaction de leurs besoins primaires, tout en ayant accès à des services essentiels.
La question qui se pose maintenant est celle de la pérennité. La ministre Bazaiba y voit une « opportunité de restaurer durablement l’accès aux services sociaux de base ». Mais dans une province en proie à une insécurité chronique, le chemin vers une résilience solide sera long. Comment s’assurer que ces fonds atteignent effectivement les plus vulnérables, dans les zones les plus reculées et les plus dangereuses de l’Ituri ? La réussite de ce projet dépendra de la coordination étroite entre les agences humanitaires, les autorités locales et les communautés elles-mêmes.
Alors que le soleil se couche sur les camps de déplacés de l’Ituri, l’annonce de ce projet apporte un souffle d’espoir. Il représente bien plus qu’une aide financière ; c’est un signal fort envoyé aux enfants comme Désiré, leur disant qu’ils n’ont pas été oubliés. Il s’agit d’un investissement dans l’avenir de toute une région, pour briser le cycle de la violence et de la pauvreté. L’engagement de la Corée et le travail de l’UNICEF sont des étapes cruciales, mais elles ne seront suffisantes que si elles s’inscrivent dans une volonté politique plus large de ramener une paix durable dans l’Est de la RDC. La résilience pour les enfants de l’Ituri se construit aujourd’hui, transfert après transfert, service après service, pour leur redonner le droit fondamental de grandir en sécurité et avec dignité.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
