La route Kiwanja-Kanyabayonga, axe vital traversant le parc national des Virunga dans le territoire de Rutshuru, est devenue un couloir de tous les dangers. Une recrudescence inquiétante d’attaques armées y est observée depuis plusieurs jours, exposant voyageurs et transporteurs à des risques extrêmes. Le mode opératoire est implacable : embuscades, tirs pour immobiliser les véhicules, puis pillages et enlèvements. Cette insécurité Nord-Kivu galopante transforme un tronçon essentiel en zone de non-droit.
Le dimanche 5 avril 2026, un camion de type Fuso transportant de l’huile de palme et des passagers a été intercepté entre Vitshumbi et Mabenga. Des hommes lourdement armés ont forcé l’arrêt du véhicule. Plusieurs personnes ont été immédiatement capturées. Si certaines ont pu s’échapper dans la confusion, deux otages ont été maintenus en captivité en brousse jusqu’au lendemain après-midi avant d’être libérés. Cet incident n’est malheureusement pas isolé.
Vingt-quatre heures plus tôt, le samedi 4 avril, un convoi de véhicules communément appelés « leoleo » subissait le même sort. Les assaillants ont ouvert le feu à hauteur de la route Kiwanja-Kanyabayonga, contraignant les conducteurs à stopper. Le bilan fut lourd : deux personnes tuées sur le coup, un chauffeur et un passager blessés par balle. Plusieurs individus ont également été enlevés lors de cette attaque. Trois d’entre eux étaient retenus en otage, dans un schéma devenu terriblement familier.
Selon des sources locales fiables, notamment une agence de voyage basée à Kiwanja, les personnes enlevées lors de ces différents assauts ont toutes été relâchées après le paiement de rançons. Le passager blessé lors de l’attaque du vendredi est actuellement pris en charge à l’hôpital de référence de Rutshuru, son état restant préoccupant. Ces enlèvements Rutshuru ciblés et monnayés témoignent d’une criminalité organisée qui prospère en toute impunité.
Cette vague de violence survient dans un contexte déjà extrêmement tendu. À la fin du mois de mars, les chauffeurs avaient observé un mouvement de grève pour dénoncer l’insécurité Nord-Kivu persistante sur cet axe et exiger des mesures de protection concrètes. Leurs cris d’alarme semblent être restés lettre morte. Aujourd’hui, la psychose est totale parmi les usagers. Emprunter la route Kiwanja-Kanyabayonga relève désormais du pari risqué, une loterie où l’on peut perdre ses biens, sa liberté, ou sa vie.
Le parc des Virunga, insécurité endémique, est pourtant une zone à haut potentiel économique et touristique. Comment expliquer que des groupes armés puissent y opérer avec une telle facilité ? L’absence de patrouilles régulières et de points de contrôle sécurisés est pointée du doigt par les populations locales. La nature même du terrain, dense et forestier, favorise les embuscades. Mais cette explication géographique suffit-elle à justifier l’inaction ?
Les conséquences de cette terreur routière dépassent le cadre sécuritaire. L’économie locale est étouffée. Le transport des marchandises devient périlleux, faisant grimper les coûts et contribuant à l’inflation. Les habitants des zones desservies par cet axe se retrouvent isolés, privés d’un lien crucial avec le reste de la province. L’attaque armée Kiwanja Kanyabayonga de dimanche dernier contre un camion d’huile de palme illustre parfaitement cette entrave au développement.
Face à cette situation intolérable, des voix s’élèvent pour exiger une réponse ferme des autorités provinciales et nationales. Le renforcement immédiat de la sécurité sur cet axe est une urgence absolue. Il en va de la protection des civils, du rétablissement de la libre circulation, et de la crédibilité de l’État de droit dans la région. La mise en place de patrouilles conjointes armée-police, l’installation de postes de contrôle sécurisés et le renseignement actif contre les groupes criminels sont des pistes fréquemment évoquées.
L’impunité dont jouissent les auteurs de ces exactions ne fait qu’encourager la répétition des crimes. Jusqu’à quand la population devra-t-elle vivre sous cette menace permanente ? L’escalade de la violence sur l’axe Kiwanja-Kanyabayonga doit cesser. Les récentes attaques armées sont un signal d’alarme criant. La balle est désormais dans le camp des décideurs. Leur réponse, ou leur absence de réponse, déterminera si cet axe stratégique reste un coupe-gorge ou redevient une route de vie et d’échange pour le Nord-Kivu.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
