La situation sécuritaire dans l’est de la République Démocratique du Congo demeure une préoccupation majeure, oscillant entre tension extrême et violences sporadiques. Lors du dernier Conseil des ministres, le Vice-Premier Ministre de la Défense, Guy Kabombo, a dressé un tableau sévère de l’état des opérations. Son compte-rendu, lu par le porte-parole du gouvernement, souligne la détermination des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) à tenir leurs positions face à une coalition d’agression persistante. Mais cette détermination suffira-t-elle à endiguer la multiplicité des menaces ?
Au cœur des préoccupations, la province du Nord-Kivu reste un point névralgique. Les FARDC y maintiennent un niveau d’alerte élevé contre la rébellion du M23, soutenue selon Kinshasa par l’armée rwandaise. Parallèlement, dans le territoire de Walikale, les militaires s’activent pour mettre en œuvre les engagements pris à Washington concernant le dossier épineux des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Cette double pression sur un front aussi sensible met en lumière la complexité des défis sécuritaires en RDC, où les armées régulières doivent composer avec une myriade d’acteurs armés.
La province voisine de l’Ituri a, quant à elle, été récemment frappée par une tragédie. Le ministre Kabombo a confirmé l’attaque menée par les Forces démocratiques alliées (ADF) dans le territoire de Mambasa. Cet assaut jihadiste a coûté la vie à plus de quarante personnes et causé des dégâts matériels considérables. Face à cette violence extrême, les FARDC affirment tout mettre en œuvre pour « absorber » le choc et empêcher de nouveaux déplacements de populations. La protection des civils dans leurs milieux de vie est présentée comme une priorité absolue, mais le chemin vers une sécurité durable semble encore long.
Dans le territoire de Djugu, toujours en Ituri, des développements opérationnels sont signalés. Les forces gouvernementales ont mis au jour une troisième cache d’armes appartenant à la coalition CRP-Zaïre. Cette découverte, couplée à la reddition de quatorze de ses éléments, est jugée positive par les autorités. Pour autant, la traque se poursuit contre les éléments résiduels de ce groupe et d’autres, responsables d’attaques sournoises contre les civils et d’embuscades meurtrières. La sécurité dans cette région reste donc fragile et précaire.
Le tableau sécuritaire dressé par Guy Kabombo ne se limite pas à l’est du pays. Dans le Haut-Katanga, le chef d’état-major général des FARDC a lancé une opération spécifique visant à neutraliser des insurgés locaux. Plus près de la capitale, dans les périphéries de Kinshasa et dans la province du Maï-Ndombe, des opérations sont menées contre la milice des Mobondo. Cette dispersion géographique des foyers de tension illustre l’étendue du défi sécuritaire national, qui dépasse largement le cadre des conflits dans le Kivu.
En filigrane de ce rapport officiel, une réalité s’impose : la situation humanitaire et sécuritaire continue de se détériorer. Les initiatives diplomatiques, pour nombreuses qu’elles soient, peinent à produire des effets concrets sur le terrain. La menace des ADF, en particulier, plane comme une épée de Damoclès. Originaires d’Ouganda et affiliés à l’organisation État islamique, ces jihadistes comptent parmi les groupes les plus meurtriers de la région. Leurs attaques transfrontalières, de la RDC jusqu’en Ouganda, défient l’action conjointe des armées des deux pays et rappellent la dimension régionale de cette insécurité.
Finalement, la note d’information du ministre de la Défense nationale, Guy Kabombo, sert moins à rassurer qu’à constater l’ampleur de la tâche. Les FARDC sont-elles en mesure de contenir simultanément l’agression du M23, la terreur des ADF, l’activisme de divers milices et les défis sécuritaires internes ? La réponse opérationnelle passe par une détermination affichée, mais elle se heurte à une réalité multiforme et profondément enracinée. La sécurité en RDC, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, reste un objectif lointain, suspendu aux aléas des combats, de la diplomatie et de la résilience de populations civiles trop souvent prises en étau.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
