Le dimanche 5 avril, les rues de Beni ont vibré d’une ferveur singulière. Alors que le soleil se levait sur la ville du Nord-Kivu, des milliers de chrétiens, vêtus de leurs plus beaux habits, convergeaient vers les églises. Dans un contexte où la menace des groupes armés plane toujours, cette célébration de Pâques à Beni a pris des allures de défi pacifique, un acte collectif de résilience face à l’adversité. Comment une communauté trouvée-t-elle la force de célébrer la vie quand la mort rôde aux alentours ? La réponse semble se lire sur les visages déterminés des fidèles.
Depuis le Jeudi saint, séminaires, enseignements et veillées de prière ont rythmé la vie de la cité. Les églises, qu’elles soient catholiques, protestantes ou de réveil, ont été des bastions de spiritualité. Le message, unanime, résonnait dans chaque prêche : « Le tombeau est vide ». Un symbole de victoire sur la mort, transformé en métaphore puissante pour une région en quête de renaissance. Pour de nombreux chrétiens de Beni au Nord-Kivu, cette période est bien plus qu’une commémoration religieuse ; c’est une source vitale de force intérieure, un ancrage dans l’espoir quand tout semble vaciller.
L’évangéliste Bright Ndohole, voix influente dans la communauté, a capté l’essence de cette fête. « Nous rappelons aux enfants de Dieu que même si la paix nous manque, la paix n’est pas un événement, elle n’est pas une circonstance. La paix est une personne : Jésus-Christ », a-t-il affirmé devant une assemblée attentive. Son discours va au cœur du paradoxe vécu ici : cultiver une paix intérieure à Beni en RDC malgré l’absence de paix géographique. « C’est pourquoi, malgré l’insécurité, vous verrez des mouvements, des activités… parce que beaucoup portent déjà en eux cette paix véritable apportée par la résurrection », a-t-il souligné. Cette conviction, partagée par tant de croyants, est le carburant d’une vie normale obstinément maintenue.
La célébration a également été marquée par des moments de pure joie et de communion. Des groupes gospel locaux ont fait retentir des chants d’allégresse, leurs voix puissantes semblant repousser les murs de la peur. La présence annoncée d’artistes venus d’autres pays d’Afrique de l’Est pour un grand moment festif illustre cette volonté de tourner les regards vers l’avenir et la fraternité. Ces manifestations de foi collective sont-elles une forme de résistance silencieuse ? Sans aucun doute. Elles démontrent que l’esprit humain, nourri par la croyance en la résurrection du Christ en RDC, peut transcender les conditions les plus rudes.
Au-delà du rituel, Pâques à Beni pose une question sociale fondamentale : sur quoi une société en crise peut-elle fonder son espérance ? Pour les habitants, la réponse passe par un ancrage spirituel profond. Cette foi et cet espoir à Beni ne sont pas une fuite de la réalité, mais bien une manière de l’affronter. Ils puisent dans le récit de la résurrection la métaphore de leur propre aspiration : celle d’une région morte sous le poids de la violence, qui espère renaître et connaître enfin des jours sereins. La fête de Pâques devient ainsi un acte politique au sens noble, une affirmation collective du droit à la paix et à la dignité.
Alors que la nuit est tombée sur Beni ce dimanche de Pâques, les lumières des églises et les échos des cantiques ont persisté. Ils racontent une histoire plus forte que celle des conflits : celle d’une communauté unie, refusant d’abandonner sa joie et son espérance. La célébration s’achève, mais la quête, elle, continue. La quête de cette paix durable que chaque prière, chaque chant, et chaque cœur en communion appelle de ses vœux. Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, la foi reste un rempart et une boussole, guidant les pas d’un peuple vers l’aube qu’il mérite.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
