Le choléra continue de sévir à Kinshasa, et les actions humanitaires marquent des étapes cruciales. Entre le 15 décembre 2025 et la fin février, l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) a pris en charge 915 patients atteints de cette maladie diarrhéique aiguë dans la capitale congolaise. Cette intervention, menée en étroite collaboration avec le Ministère de la Santé, souligne l’ampleur de la réponse nécessaire face à cette épidémie persistante. Pourtant, malgré ces efforts massifs, l’organisme international a récemment mis un terme à son appui spécifique au centre de traitement du choléra (CTC) de Pakadjuma, dans la commune de Limete. Que signifie cette transition pour la lutte contre le choléra à Kinshasa et pour les patients de l’un des quartiers les plus vulnérables ?
La situation à Limete reste préoccupante. Alors que le centre de traitement du choléra Pakadjuma continue d’accueillir des malades, la zone est identifiée comme l’un des épicentres de l’épidémie de choléra à Kinshasa. Les données sanitaires nationales ont en effet signalé une recrudescence des cas après une brève période d’accalmie. Cette résurgence rappelle que la bactérie Vibrio cholerae, responsable de la maladie, circule toujours activement, souvent via une eau ou des aliments contaminés. Comment une ville capitale peut-elle encore faire face à des flambées d’une maladie pourtant évitable par des mesures d’hygiène de base ? La réponse réside dans un accès inégal à l’eau potable et à l’assainissement, créant un terrain fertile pour la propagation.
L’implication de MSF en RDC va au-delà de la simple prise en charge clinique. Avant de clore son appui opérationnel au CTC de Pakadjuma, l’organisation a oeuvré au renforcement des capacités locales. Cela s’est concrétisé par des dons d’intrants médicaux essentiels – comme des solutions de réhydratation orale et intraveineuse, piliers du traitement – et de matériel logistique. L’objectif est de laisser une structure opérationnelle entre les mains des autorités sanitaires nationales. Cette phase de transition est critique. Elle a été préparée par des visites de terrain, comme celle effectuée au CTC de Ngiri-Ngiri, où les équipes locales ont exposé les défis quotidiens : manque de matériel, surcharge des personnels, difficultés logistiques. Autant de contraintes qui peuvent freiner une prise en charge optimale et rapide des patients, pour qui chaque heure compte.
Un briefing technique regroupant les acteurs de la prise en charge et les partenaires a permis d’analyser ces obstacles. L’enjeu est de taille : identifier des solutions pragmatiques pour consolider la riposte. Le Directeur général de l’Institut National de Santé Publique (INSP) s’est engagé à intégrer ces préoccupations dans le plan national de lutte contre le choléra. Cette assurance est un signal fort, mais son succès dépendra de la concrétisation des engagements et de la mobilisation des ressources nécessaires. La santé publique en RDC est un défi permanent, et le choléra à Kinshasa en est une triste illustration.
Face à cette maladie, la prévention reste l’arme absolue. Sur le terrain, les équipes de MSF n’ont eu de cesse de rappeler et d’appliquer les gestes barrières. Le lavage systématique des mains avec du savon, le port d’équipements de protection individuelle (blouses, gants) et de bottes pour le personnel soignant sont des mesures non-négociables. Elles protègent les soignants et brisent la chaîne de transmission. Pour la population, ces mêmes règles d’hygiène, couplées à la consommation d’eau traitée, sont les meilleurs remparts. Pourtant, sans accès généralisé à l’eau courante et à des toilettes adéquates, ces recommandations relèvent souvent du parcours du combattant pour les familles les plus démunies de Limete et d’ailleurs.
Malgré la fin de son intervention directe à Pakadjuma, MSF réaffirme son engagement aux côtés des autorités sanitaires congolaises pour répondre aux urgences et soutenir l’accès aux soins des populations vulnérables. Le combat contre le choléra est un marathon, pas un sprint. Il nécessite une approche intégrée, mêlant soins curatifs, surveillance épidémiologique, et surtout, des investissements durables dans les infrastructures d’eau et d’assainissement. La vigilance doit rester de mise, car tant que les conditions de vie ne s’amélioreront pas radicalement dans les quartiers précaires, l’ombre du choléra planera sur Kinshasa. La transition opérée à Pakadjuma est un test pour le système de santé : sa capacité à maintenir la qualité des soins sans l’appui d’un partenaire international sera scrutée, pour le bien-être de milliers de Congolais.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
