AccueilActualitéSecuritéMines antipersonnel en Ituri : 357 zones contaminées menacent les civils

Mines antipersonnel en Ituri : 357 zones contaminées menacent les civils

La menace reste sournoise, tapie dans le sol. En Ituri, comme dans d’autres provinces de l’Est de la République Démocratique du Congo, les mines antipersonnel et les restes explosifs de guerre continuent de semer la terreur et d’entraver toute perspective de paix durable. Un bilan alarmant vient d’être dressé par le Service de lutte antimines des Nations unies (UNMAS), révélant l’ampleur d’une contamination qui empoisonne la vie des communautés.

Pas moins de 357 zones sont officiellement identifiées comme contaminées à travers le pays. Le cœur de l’épidémie silencieuse se situe dans les régions en proie aux conflits armés, où l’activisme des groupes rebelles face aux FARDC a laissé un héritage mortel dans le sol. En Ituri, les territoires de Djugu et d’Irumu sont particulièrement touchés, transformant des champs, des sentiers et des villages en paysages de peur.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes mais ne rendent pas compte de l’angoisse quotidienne. Depuis le début de l’année 2026, les sources sécuritaires font état d’environ 25 engins déjà neutralisés. Une goutte d’eau dans un océan de danger, alors que de nombreux autres dispositifs restent enfouis dans des zones reculées et difficiles d’accès, comme à Jiba, Fataki ou Bule, en raison des opérations militaires toujours en cours. La destruction de ces pièges mortels constitue une course contre la montre pour les équipes de l’UNMAS RDC et ses partenaires sur le terrain.

Quel avenir pour une population qui ne peut ni cultiver ses champs ni rentrer chez elle ? L’impact humanitaire est catastrophique. Ces engins, conçus pour mutiler et tuer, verrouillent l’accès aux terres agricoles, privant les familles de leurs moyens de subsistance. Ils bloquent les routes et rendent périlleux l’acheminement de l’aide. Surtout, ils constituent l’un des principaux freins au retour des millions de personnes déplacées par les violences. Comment reconstruire une vie sur une terre minée ?

Face à cette urgence, la sensibilisation des communautés est devenue une priorité absolue. Les Nations unies et les organisations non gouvernementales intensifient leurs campagnes pour alerter les populations, et particulièrement les enfants, sur les dangers de ces objets suspects. La prévention et la réduction des risques sont les premiers remparts contre de nouvelles tragédies. Pourtant, sur le front du déminage Ituri, les acteurs de terrain tirent la sonnette d’alarme. Charles Félix, responsable des opérations pour DanChurchAid en RDC, déplore une réduction drastique des financements. « Nous avons aujourd’hui plus de 43 zones identifiées comme contaminées. Mais avec la réduction des financements, nos opérations sont passées de plusieurs provinces à seulement deux », explique-t-il, soulignant le cruel décalage entre les besoins et les moyens.

La mobilisation dépasse le seul cadre humanitaire. À Kinshasa, à la veille de la Journée internationale de sensibilisation à la lutte antimines, une table ronde cruciale était organisée par l’ambassade de Belgique. L’objectif affiché : « renforcer l’action contre les mines en RDC ». Le gouvernement congolais, par la voix du Centre congolais de lutte antimines (CCLAM), a réaffirmé son engagement. Emmanuel Lokinu Omanga, coordonnateur du CCLAM, a rappelé que la structure étatique œuvrait à réduire l’impact humanitaire et social des mines, tout en pointant la faiblesse de l’assistance aux victimes, un pilier essentiel encore trop négligé.

Derrière les statistiques sur la contamination mines RDC, il y a des visages, des familles brisées. L’artiste Alesh en est un témoin douloureux. Engagé dans la cause après la mort de son grand frère, lui-même travailleur humanitaire dans le déminage, il lance un appel poignant : « J’appelle le gouvernement à accorder plus de moyens aux organisations qui luttent contre les mines. » Son plaidoyer résonne comme un rappel : chaque engin non neutralisé est une vie potentiellement sacrifiée.

Le chemin vers la sécurité sera long. L’élimination des restes explosifs de guerre Ituri et ailleurs nécessite une volonté politique ferme, une coordination accrue entre acteurs nationaux et internationaux, et des ressources financières stables. Investir dans la lutte antimines n’est pas une dépense, c’est un investissement fondamental dans la protection des civils, la relance économique des communautés et les fondations d’une paix enfin tangible. La RDC pourra-t-elle tourner la page des conflits sans avoir d’abord assaini son sol ? La réponse se trouve dans l’action concertée et déterminée de tous.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

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