Imaginez devoir parcourir des kilomètres chaque jour, un bidon vide à la main, pour trouver quelques litres d’une eau dont la pureté n’est pas garantie. C’est le calvaire que vivent des milliers de familles dans des communes comme Makala, Selembao, Kisenso ou Mont-Ngafula, où le robinet est devenu un objet de décor. La pénurie d’eau à Kinshasa n’est plus une simple crise, c’est une réalité quotidienne qui plonge les habitants dans une précarité extrême, les obligeant à se tourner vers des forages non contrôlés, au péril de leur santé.
Et quand l’eau vient à manquer, la lumière fait souvent défaut. Les coupures d’électricité en RDC sont si fréquentes et si longues qu’elles en sont devenues la norme. Pourtant, la facture de la SNEL, elle, arrive avec une régularité implacable, pour un service qui n’est pas fourni. « On paie pour du vent », lâche avec amertume un habitant de Kinsenso, résumant le sentiment d’injustice qui gronde dans la capitale. Cette situation met en lumière les profondes défaillances de la REGIDESO et de la SNEL, deux piliers des services publics dont l’effondrement impacte lourdement la vie sociale et économique.
Face à ce constat d’échec, l’ONG La Voix des Sans Voix pour les droits de l’homme (VSV) a décidé de briser le silence. Lors d’une conférence de presse tenue ce lundi, l’organisation a tiré la sonnette d’alarme avec une vigueur rare. Comment expliquer qu’en 2024, dans la capitale d’un pays aux ressources immenses, l’accès à l’eau potable et à l’électricité relève encore du parcours du combattant ? L’ONG VSV droits de l’homme pointe du doigt non seulement la vétusté des infrastructures mais aussi une gestion opaque et défaillante qui pénalise les plus vulnérables.
Pierre Serge Ntumba, deuxième Directeur exécutif adjoint de la VSV, a été sans équivoque. Ses recommandations au gouvernement sont claires : il est urgent que l’État règle ses propres arriérés auprès de ces sociétés publiques. Mais cela ne suffira pas. Il faut une dotation en ressources conséquentes pour permettre à la SNEL et à la REGIDESO de moderniser leurs réseaux et d’assurer une desserte permanente et régulière. Enfin, et c’est peut-être le point le plus crucial, l’ONG exige que les responsables des dysfonctionnements chroniques rendent des comptes. La punition des gestionnaires négligents est présentée comme une condition sine qua non pour restaurer un minimum de confiance.
Cette prise de parole intervient dans un contexte de grogne sociale palpable. Les populations urbaines, à bout de patience, supportent de moins en moins le fossé entre les promesses et la réalité. Les défaillances de la REGIDESO SNEL ne sont plus perçues comme des aléas techniques, mais comme le symptôme d’un abandon plus large. L’accès aux services de base à Kinshasa est-il devenu un privilège plutôt qu’un droit ? La question mérite d’être posée alors que la colère monte dans les quartiers.
Au-delà des chiffres et des rapports, c’est la dignité humaine qui est en jeu. Des enfants qui tombent malades à cause d’une eau impropre, des petites entreprises qui ferment faute de courant, des étudiants qui ne peuvent plus réviser après la tombée de la nuit… Les conséquences de cette double pénurie – eau et électricité – sont profondes et touchent tous les aspects du développement. L’alerte lancée par la VSV est donc plus qu’un simple communiqué ; c’est un appel à l’action pour que le droit fondamental à vivre dans des conditions décentes soit enfin respecté pour tous les Kinois. Le temps des diagnostics est révolu, celui des solutions concrètes et de la redevabilité doit maintenant commencer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
