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RDC : Les femmes autochtones pygmées, nouveaux piliers de l’économie forestière

La clôture du mois de mars 2026, dédié à l’histoire et aux droits des femmes, a offert un tableau poignant des réalités et des espoirs des communautés les plus reculées de la République démocratique du Congo. Alors que les discours officiels résonnaient encore, l’ONG ANAPAC RDC a choisi de donner la parole aux premières concernées : les femmes autochtones et rurales, piliers invisibles mais essentiels de l’économie forestière. Leur constat est un mélange de fierté et d’appel à l’aide, un reflet des paradoxes d’un pays riche en ressources mais où les gardiennes de ces richesses luttent pour leur reconnaissance.

« Au départ, aucune femme ne prenait la parole en public. Aujourd’hui, nous avons atteint un taux de participation de 52,4 % », témoigne Prescillia Monireh Kapupu de l’ANAPAC. Ce simple chiffre, fruit du projet Initiative pour la Conservation Inclusive (ICI), résume une révolution silencieuse. Dans quatre provinces, 15 regroupements de femmes autochtones pygmées ont reçu un appui financier direct variant entre 5 000 et 10 000 dollars. L’objectif ? Transformer leur relation à la forêt et à elles-mêmes. Du manioc au maïs, de l’élevage à la pisciculture, ces comités ont lancé des activités génératrices de revenus, soutenues par des outils et des équipements comme des moulins pour alléger le labeur quotidien.

Mais au-delà des subventions, quel est le véritable changement ? « Les revenus des ménages, parfois inférieurs à 1 000 francs, ont nettement augmenté », assure Mme Kapupu. La satisfaction, cependant, ne se mesure pas seulement en billets. Elle se lit dans le regard de celles qui osent désormais défendre leurs projets devant l’assemblée du village, qui négocient avec les autorités locales, et qui s’affirment au sein de leur famille. Ces regroupements sont désormais enregistrés et reconnus comme des acteurs légitimes du développement. Cette autonomisation des femmes rurales constitue-t-elle la clé d’une conservation des forêts durable ? Pour l’ANAPAC, la réponse est évidente : investir dans les femmes, c’est investir dans la protection des écosystèmes.

Pourtant, le chemin reste semé d’embûches. Les traditions patriarcales pèsent encore lourd, et l’ombre de l’insécurité plane, notamment à l’est du pays. « Les populations autochtones pygmées de l’est restent parmi les principales victimes », alerte Yvonne Oetemwani-Salemba de FECOFA, lançant un appel pressant au président de la République. Comment assurer la pérennité des acquis si la violence contrarie tous les efforts ?

La question de la durabilité est au cœur des préoccupations. « Certaines communautés volent déjà de leurs propres ailes », se réjouit-on. Mais d’autres, encore en phase d’apprentissage, se heurtent à un défi de taille : la transformation et la conservation de leur production. « Beaucoup de femmes cultivent mais se découragent faute de moyens pour transformer… Si elles n’y parviennent pas, leurs efforts sont souvent perdus », déplore Chouchouna Losale de la Coalition des femmes leaders pour l’environnement. Son plaidoyer est direct : il est temps que le gouvernement congolais s’approprie ces initiatives. Les partenaires financent et repartent ; l’État doit, lui, construire des ponts pour que le maïs, le riz ou les arachides produits par ces femmes atteignent les marchés dans de bonnes conditions.

L’activité de clôture, ponctuée de témoignages vibrants et de vidéos montrant l’impact concret sur le terrain, a servi de rappel puissant. La conservation ne sera inclusive que si elle améliore concrètement les conditions de vie de ses principaux artisans. Le thème national de 2026, « Droits garantis, autonomisation durable pour toutes », trouve ici sa traduction la plus tangible. Les femmes pygmées, longtemps marginalisées, démontrent qu’elles sont non seulement des victimes à protéger, mais des entrepreneuses capables de modeler leur avenir et celui de leurs forêts.

Alors que les projecteurs du mois de la femme s’éteignent, une lueur persiste dans les villages reculés de la RDC. Elle émane de ces regroupements de femmes qui, machette à la main ou devant un champ de haricots, écrivent une autre histoire. Une histoire où l’économie forestière rime avec justice sociale, et où l’autonomie des femmes devient le socle d’un développement véritablement durable. Le défi désormais est de s’assurer que cette lueur ne s’éteigne pas, victime de l’oubli ou de l’instabilité, mais qu’elle devienne un feu guidant les politiques publiques de demain.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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