Les chiffres révélés par le Programme national de communication pour la promotion de la santé (PNCPS) font froid dans le dos et interpellent sur l’état de la santé maternelle en RDC. Au cours du premier trimestre de l’année 2026, la province du Nord-Kivu a enregistré un bilan tragique de 47 décès maternels. Cette statistique, rendue publique à Beni par Désiré Buyana, coordinateur provincial du PNCPS, souligne une urgence sanitaire qui frappe la quasi-totalité des 34 zones de santé de la province. Seules deux d’entre elles seraient épargnées par ce fléau, toutes les autres rapportant un à trois cas de mortalité maternelle.
Comment expliquer une telle hécatombe en si peu de temps ? La mortalité maternelle en RDC reste un défi complexe, souvent lié à un ensemble de facteurs. On peut citer le manque d’accès à des soins obstétricaux d’urgence de qualité, les distances à parcourir pour atteindre un centre de santé, le coût des soins, ou encore des complications comme les hémorragies post-partum ou les infections. Dans des régions comme le Nord-Kivu, l’insécurité et la fragilité des infrastructures sanitaires viennent aggraver ce tableau déjà sombre. Ces décès ne sont pas une fatalité ; la plupart sont évitables avec une prise en charge médicale adéquate et en temps voulu.
Face à cette situation alarmante, l’antenne du PNCPS Nord-Kivu a décidé de passer à l’action en lançant une vaste campagne de dialogues communautaires. L’objectif est double : sensibiliser les prestataires de santé dans leurs pratiques et mobiliser les communautés locales autour de la prévention. « Nous devons utiliser notre méthodologie pour conscientiser les prestataires et la communauté. Car si nous ne nous engageons pas tous – prestataires, structures sanitaires, communauté – nous n’allons pas atteindre l’objectif fixé », a insisté Désiré Buyana lors d’une session de sensibilisation à l’hôpital général de référence de Beni.
Ces rencontres, qui seront déployées dans tous les centres de santé et structures de référence de la province, visent à créer un pont entre le savoir médical et les réalités locales. Il s’agit d’expliquer les signes de danger pendant la grossesse et l’accouchement, l’importance des consultations prénatales, et la nécessité de se rendre rapidement dans une structure de santé en cas de complication. La santé maternelle au Congo est une responsabilité partagée qui nécessite l’implication de tous les acteurs, des autorités sanitaires jusqu’aux familles et aux chefs coutumiers.
Les décès maternels dans le Nord-Kivu sont un indicateur cruel de l’état du système de santé. Chaque chiffre correspond à une vie perdue, une famille brisée, et un potentiel anéanti. La mobilisation du PNCPS est une réponse nécessaire, mais elle doit s’inscrire dans une stratégie plus large et durable. Investir dans la formation du personnel, équiper les centres de santé en matériel essentiel, et garantir la gratuité ou l’accessibilité financière des soins obstétricaux d’urgence sont des pistes incontournables pour inverser la tendance.
Pour les femmes enceintes et leurs familles, le message est clair : ne pas négliger les signaux d’alerte. Des saignements anormaux, des maux de tête violents, une vision floue ou des douleurs abdominales intenses doivent conduire à une consultation immédiate. La promotion de la santé maternelle passe aussi par l’éducation et la planification familiale, permettant aux femmes de mieux préparer leurs grossesses. La route est longue pour réduire significativement la mortalité maternelle, mais chaque dialogue engagé, chaque professionnel formé, et chaque communauté sensibilisée est un pas de plus vers la sauvegarde de vies précieuses.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
