AccueilActualitéInternationalTrumpcarthysme : comment la fusion Trump-McCarthy accélère la bascule de l'ordre mondial

Trumpcarthysme : comment la fusion Trump-McCarthy accélère la bascule de l’ordre mondial

Le phénomène du “trumpcarthysme”, une fusion inquiétante entre le trumpisme et le maccarthysme, constitue selon l’analyste Hubert Petit un symptôme majeur de la bascule géopolitique mondiale que nous traversons. Cet hybride politique, né de l’épuisement du modèle néolibéral et de l’hégémonie occidentale, redéfinit les règles du jeu international au profit d’un ordre transactionnel et conflictuel.

Le professeur Hubert Petit, éminent intellectuel ayant enseigné à l’Université de Kinshasa (UNIKIN) et dans de prestigieuses institutions à travers le monde, décrypte cette nouvelle réalité dans son analyse. Selon lui, le trumpisme initial, marqué par le « America First » et la défiance envers les institutions, a muté lors d’un second mandat hypothétique en une véritable chasse aux sorcières moderne, réactivant les réflexes autoritaires du maccarthysme des années 1950.

Quelles sont les racines de ce trumpcarthysme ? Le maccarthysme historique, rappelle Petit, instaura un climat de répression douce et de conformisme idéologique, neutralisant toute dissidence au nom de la lutte anticommuniste. Cette « pathologie récurrente de la culture politique américaine » trouve un écho troublant dans le trumpisme qui, s’appuyant sur les travaux de Ruth Ben-Ghiat, s’inscrit dans la lignée des « hommes forts » utilisant le mensonge, la peur et un culte de la loyauté personnelle.

La nouveauté réside dans la banalisation de l’illibéralisme au sein même d’une démocratie établie. Le recours aux « faits alternatifs », la délégitimation systématique de la presse et de la justice, et la transformation des réseaux sociaux en arènes émotionnelles ont créé un terrain fertile. Le trumpcarthysme cible sans complexe l’« État profond », les immigrés, la science et les adversaires politiques, confondant allègrement critique et trahison, affaiblissant ainsi le débat démocratique.

Cette dynamique interne américaine a des répercussions colossales sur la géopolitique mondiale. Elle s’inscrit dans l’épuisement du modèle néolibéral, caractérisé par la désindustrialisation et l’accroissement des inégalités, qui a laissé un sentiment d’abandon dans les classes moyennes. L’affrontement entre valeurs progressistes et conservatisme identitaire est exacerbé par des plateformes numériques qui privilégient l’émotion à la raison.

Sur la scène internationale, le trumpcarthysme accompagne et accélère la fin de l’« US imperium ». L’hégémonie occidentale s’efface au profit d’un « souk global géopolitique » chaotique, où le marchandage prime sur le droit international. Les États-Unis, jadis arbitres du monde, ne sont plus qu’un acteur parmi d’autres, face à la montée de la Chine, de l’Inde et de puissances régionales affirmées. Le recours à la guerre commerciale apparaît désormais comme une réponse velléitaire à ce déclin relatif.

Dans ce contexte, la force redevient un langage central, comme le montrent la guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine ou les conflits en Afrique et au Moyen-Orient. Le trumpcarthysme assume pleinement ce monde transactionnel, fait d’alliances à la carte, de protectionnisme et de méfiance envers le multilatéralisme. L’ordre international fondé sur des règles communes est directement mis en péril.

S’ajoute à cela une révolution technologique inquiétante : les drones, l’intelligence artificielle, la surveillance de masse et la manipulation cognitive déplacent le pouvoir vers ceux qui contrôlent les données et les récits. Le trumpcarthysme n’est pas une parenthèse, mais un symptôme profond. Il s’internationalise à travers des figures comme J.D. Vance aux États-Unis, Javier Milei en Argentine ou Viktor Orbán en Hongrie, et à travers les poussées du national-populisme en Europe.

Assistons-nous à l’avènement d’un nouvel ordre international, ou simplement à la désagrégation de l’ancien ? Le pronostic, selon Hubert Petit, reste incertain. La démocratie libérale n’est plus l’horizon naturel des sociétés, et le syndrome trumpcarthyiste illustre cette crise de modèle. La bascule du monde est en cours, et le trumpcarthysme en est à la fois le catalyseur et le reflet, laissant présager une ère de compétition géopolitique exacerbée où les anciens repères volent en éclats.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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