Le débat sur la révision constitutionnelle RDC, relancé avec vigueur par le président Félix Tshisekedi, dépasse désormais le cercle feutré des arènes politiques pour s’inviter dans l’enceinte même des facultés de droit. À l’Université de Kinshasa (UNIKIN), des étudiants, héritiers intellectuels des constitutionnalistes qui soutiennent souvent le pouvoir, brisent le silence et opposent une fin de non-recevoir à cette ambition présidentielle. Leur analyse, tranchante, interroge l’opportunité d’un tel projet dans un pays en proie à la guerre et dont le chef de l’État approche de la fin de son second mandat. Que cache réellement ce débat constitutionnel 2025 ? S’agit-il d’une nécessaire adaptation du droit aux réalités sociétales ou d’une manœuvre politicienne visant à consolider un héritage ?
Sous les arbres de la faculté de droit, Marcelin Kombe, étudiant en troisième année de licence, pose d’emblée le cadre juridique. Il rappelle avec une rigueur académique que l’article 220 constitution congolaise verrouille certaines dispositions fondamentales. Pour lui, le moment est mal choisi : « On doit attendre la fin de toutes ces guerres que nous avons au pays, qui causent ces crises économiques ». Son argument frappe par son évidence : peut-on sérieusement envisager de remodeler la loi fondamentale alors que l’Est du pays brûle ? Cette question, purement rhétorique, souligne le fossé entre les priorités affichées et les urgences nationales.
Fred Musaba, plus incisif, fustige l’« ambition de l’union sacrée ». Il lance un défi cinglant aux partisans du changement constitutionnel Tshisekedi : « Ceux qui soutiennent cette initiative ne sont même pas en mesure de démontrer à l’opinion publique même 4 dispositions de cette constitution, qui seraient à la base du gouffre ». Son propos met en lumière l’absence de justification substantielle avancée par le camp présidentiel. N’est-ce pas là le signe que la révision sert d’abord des intérêts autres que ceux de la nation ? La focalisation sur la constitution apparaît dès lors comme un écran de fumée, une diversion face à l’incapacité à résoudre les crises sécuritaires et économiques.
Michael Mulaya Nzeba, chef de promotion, introduit une nuance juridique cruciale entre « changer » et « réviser » la constitution. Le premier impliquerait un basculement vers une autre République, tandis que le second se limite à une retouche. Cependant, il rejoint ses camarades sur le fond : le timing est inadéquat. Il s’attaque directement au slogan des « tambourinaires » du président qui affirment que ce dernier « n’a pas de mandat mais une mission ». Une contradiction flagrente, selon lui, qui révèle les ambiguïtés du discours officiel. Pire, il redoute que l’exclusion des Congolais de l’Est d’un éventuel référendum ne nourrisse les velléités sécessionnistes, ravivant le spectre de la balkanisation. La révision, loin d’unifier, pourrait ainsi attiser les divisions et replonger le pays dans le contexte instable de 2006.
Seule voix féminine recueillie, Emeraude Ngalula apporte une perspective théorique : « le droit est un produit de la société, il se doit de s’adapter régulièrement ». Sa position, en apparence plus ouverte, se heurte cependant au constat d’échec des précédentes réformes législatives. Pour elle, le problème n’est pas le texte, mais son application. Cette remarque pointe du doigt l’essence du malaise : une classe politique souvent plus habile à réécrire les règles qu’à les respecter.
Ce débat, initié par Tshisekedi fin 2024 puis éclipsé par l’offensive du M23, a resurgi avec une violence politique inattendue. Il a coûté au sénateur Bahati Lukwebo son poste au bureau du Sénat pour avoir exprimé son opposition. Cet épisode illustre la radicalisation du climat et la tolérance zéro pour les dissonances au sein de la majorité. Le président joue donc gros avec cette réforme, dont l’impopularité auprès d’une frange éclairée de la jeunesse et les résistances internes pourraient fragiliser durablement son autorité.
En définitive, la révision constitutionnelle RDC se présente comme un coup de poker politique. Portée par un pouvoir en fin de course, elle semble ignorer les avertissements de ceux qui, à l’image des étudiants droit UNIKIN opinion, en scrutent les implications avec lucidité. Entre nécessité juridique et opportunisme, le projet navigue en eaux troubles. Les prochains mois révéleront si la raison d’État l’emportera sur les calculs à courte vue, ou si ce débat, déjà toxique, deviendra le point de rupture d’une alliance au pouvoir fragilisée par ses propres contradictions.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
