AccueilActualitéCultureJemima Ntela, 18 ans, électrise Kinshasa avec son premier spectacle de slam-théâtre

Jemima Ntela, 18 ans, électrise Kinshasa avec son premier spectacle de slam-théâtre

Dans le silence feutré de la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, ce samedi 28 mars, une alchimie singulière s’est opérée. Entre les rayonnages chargés d’histoires et un public en attente, une jeune voix de 18 ans a surgi, tissant un pont fragile et puissant entre la scène et l’âme. Jemima Ntela, poétesse et slameuse, faisait son entrée, non pas avec fracas, mais avec la solennité d’une cérémonie. Vêtue de blanc, entourée de lueurs vacillantes, elle a ouvert son spectacle par un « Kyrie eleison » qui résonna moins comme un rite religieux que comme une invocation lancée à la création elle-même. L’atmosphère, empreinte de mysticisme, installait d’emblée les contours d’une performance où le slam épousait le théâtre pour donner naissance à une poésie incarnée.

À seulement 20 jours après son dix-huitième anniversaire, Jemima Ntela ne se contente pas de déclamer ; elle incarne. Son spectacle slam à Kinshasa s’est révélé être une radiographie sensible du monde contemporain. Loin des éclats faciles, la jeune artiste a choisi de déplier l’amour, non comme un idéal romantique, mais comme un terrain d’analyse, dépouillé de ses artifices. « J’ai tenté de déplier le monde dans toute sa complexité », confie-t-elle, une lucidité surprenante pour son âge. Ses textes, denses et ciselés, naviguent des tumultes de la guerre aux mutations numériques, en passant par un hommage à la condition féminine, célébrée sans l’enfermer dans l’idéalisation. Cette maturité d’écriture est l’un des piliers qui positionnent déjà cette poétesse congolaise comme une figure à suivre.

La magie de cette première n’aurait pas été complète sans l’écrin scénique pensé par Benjamin Masiya du collectif Tetratsuki. Le concept de « slam’âtre » – cette fusion entre slam et théâtre en RDC – a trouvé ici une expression aboutie. Une harmonie subtile s’est créée entre la slameuse, les musiciens et les danseurs, transformant la scène en un espace de dialogue permanent. L’interaction avec le public, essentielle dans l’art du slam, était palpable, chaque silence, chaque soupir du public répondant aux inflexions de la voix de Ntela. La slameuse Nsoseme, membre du public, a salué cette richesse : « C’était un spectacle très riche en textes et en mise en scène. Jemima possède déjà une écriture dense, avec de belles rimes et de bons jeux de mots. »

Derrière la performance publique se cache un parcours intime, marqué par le soutien familial et les défis de concilier passion et études. La fierté de sa mère, Claudine Lusunga Ntela, était tangible : « Je suis très, très fière d’elle. Je suis même surprise par ce qu’elle a présenté aujourd’hui. » Pour Jemima Ntela, cette soirée représente le bas d’une montagne qu’elle a une furieuse envie de gravir. Sa vision artistique dépasse la simple conquête scénique ; elle aspire à la transmission et à l’apprentissage. « Si je devais viser des objectifs dans le monde de l’écriture, ce serait sûrement publier des recueils et apprendre aux autres à voir le monde différemment », explique-t-elle, esquissant le projet d’une poésie engagée et didactique.

Que signifie l’émergence d’une telle voix dans le paysage culturel congolais ? L’arrivée de cette jeune artiste slam en RDC est un signe. Elle incarne une nouvelle génération qui s’empare de la parole poétique non comme un ornement, mais comme un outil de diagnostic et de questionnement. Son spectacle n’était pas un divertissement, mais une expérience partagée, une communion autour de la puissance des mots. La conclusion en notes de Rumba congolaise a scellé cette union entre l’artiste et son public, rappelant que la culture, à Kinshasa, est un tissu vivant qui se réinvente sans cesse.

Le parcours de Jemima Ntela ne fait que commencer. Entre stress et libération, entre étude et scène, elle trace sa voie avec une détermination qui force le respect. Sa performance à la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles n’est pas un aboutissement, mais un point de départ prometteur. Elle démontre que la scène slam et théâtre en RDC est un terreau fertile pour les talents audacieux, prêts à explorer les complexités de l’existence à travers une esthétique hybride et exigeante. La République Démocratique du Congo peut-elle compter sur sa jeunesse pour renouveler son expression artistique ? La réponse, vibrante et poétique, a résonné dans la pénombre de Kinshasa ce samedi soir, portée par une jeune femme en blanc qui a choisi de dire le monde, simplement, profondément.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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