Une étape cruciale pour la réforme du secteur de la sécurité en République démocratique du Congo vient d’être franchie. Le Premier ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé, ce lundi à Kinshasa, la clôture d’un forum national dédié à l’intégration de la dimension genre dans la future politique de sécurité nationale. Cet événement marque-t-il un tournant décisif vers une armée et une police véritablement inclusives ?
Organisé par le Groupe consultatif des femmes pour la réforme du secteur de sécurité (GCFRSS), en partenariat avec le ministère du Genre, Famille et Enfant et avec le soutien de la MONUSCO, ce forum femmes sécurité nationale RDC s’est tenu au Centre Judo de la Police nationale congolaise, dans la commune de Lingwala. Il a rassemblé des actrices clés de la société civile, des organisations de défense des droits des femmes et la ministre du Genre, Micheline Ombae.
Les discussions se sont focalisées sur un enjeu majeur : le renforcement de la participation des femmes au sein de toutes les institutions de sécurité. Les Forces armées de la RDC (FARDC), la Police nationale congolaise (PNC), l’Agence nationale de renseignements (ANR), la Direction générale de migration (DGM) et le Conseil national de sécurité étaient au cœur des débats. La question de la représentation femmes forces sécurité Congo reste, en effet, un défi de taille.
Les chiffres, issus d’une étude menée par le GCFRSS avec l’expert Jean René Mabwilo et le Conseil national de sécurité dans plusieurs provinces, sont éloquents et interpellent. Ils révèlent une sous-représentation criante. Au sein des FARDC, les femmes ne constituent que 2,13% des officiers généraux et 3,09% des officiers subalternes. Le bilan est encore plus alarmant au sein de la PNC, où elles ne représentent qu’un maigre 0,2% des effectifs totaux. Ces données soulignent l’urgence d’une GCFRSS réforme secteur sécurité ambitieuse et concrète.
Face à ce constat, la Première ministre Judith Suminwa a pris la parole pour réaffirmer l’engagement sans faille de son gouvernement. « Le Gouvernement que j’ai l’honneur de diriger est guidé par la ferme conviction que sans inclusion et intégration du genre dans la politique de sécurité nationale, il ne serait en aucun cas possible de parler d’une politique de sécurité crédible », a-t-elle déclaré avec fermeté. Son discours a été salué comme un signal politique fort en faveur de l’intégration genre politique sécurité.
La cheffe du gouvernement a longuement insisté sur le rôle stratégique et souvent sous-estimé des femmes. Leur contribution est essentielle dans la prévention des conflits, les mécanismes d’alerte communautaire, les processus de médiation et la reconstruction sociale post-crise. Elle a ensuite assuré les participants que cette question serait portée au plus haut niveau de l’État, notamment en Conseil des ministres, pour aboutir à des décisions politiques, techniques et administratives tangibles.
De son côté, Faida Mwangilwa, point focal du GCFRSS, a mis l’accent sur la nécessité de réformes structurelles profondes. Elle a plaidé pour la levée des barrières systémiques qui entravent encore le recrutement, la formation et l’évolution de carrière des femmes dans les services de sécurité et de défense. Un appel à dépasser les simples déclarations d’intention pour entrer dans l’action.
À l’issue de ces travaux intensifs, plusieurs recommandations phares ont été formulées par les participants. Elles appellent notamment à une amélioration ciblée des politiques institutionnelles au sein des forces de défense et de sécurité. La nomination de femmes compétentes à des postes de commandement et de décision a été identifiée comme une priorité. Enfin, l’intégration effective et mesurable de la dimension genre dans l’élaboration de la future politique nationale de sécurité constitue le point d’orgue de ces propositions.
Ce forum se clôture donc sur une feuille de route claire et un engagement politique affiché. La balle est désormais dans le camp des institutions. La volonté exprimée par la Première ministre sera-t-elle traduite en actes concrets pour transformer en profondeur le visage de la sécurité en RDC ? L’inclusion des femmes n’est pas seulement une question d’équité ; elle est devenue, aux yeux des experts, un impératif d’efficacité et de légitimité pour la stabilité du pays.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
