Le visage de Gisèle Kayembe, présidente du conseil d’administration de l’APROCM, s’illumine d’une fierté contenue. Samedi 28 mars, au cœur de Kinshasa, elle et ses consœurs étaient enfin sous les projecteurs. « Nous sommes là, nous gouvernons, et nous le faisons avec rigueur », semble dire son regard déterminé. Cette cérémonie d’hommage, organisée par le Collectif des présidents des conseils d’administration (COPAC), ne fut pas qu’un simple événement protocolaire. Elle a révélé, dans une ambiance solennelle et musicale portée par un orchestre féminin, une réalité encore trop discrète : les femmes présidentes conseils d’administration RDC prennent leur place à la table des décisions cruciales pour l’économie nationale.
En présence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, l’événement a transcendé le simple fait divers pour poser une question fondamentale : la gouvernance publique en RDC peut-elle se passer de la pleine participation des femmes ? La réponse, unanime dans la salle, fut un non retentissant. Le COPAC collectif présidents, à travers la voix de son président De’Alonzo Ngoie Lubika, a salué non seulement la contribution existante mais a également tracé la voie des exigences futures. Derrière les sourires et les photos de famille, un message clair était adressé aux pouvoirs publics et à la société toute entière : la compétence n’a pas de genre.
L’hommage rendu à la cheffe du gouvernement, Judith Suminwa honneur femmes, par la remise d’un cadeau symbolique, a scellé cette alliance entre les sphères exécutive et de gestion des entreprises portefeuille État. Un geste fort qui reconnaît un soutien politique essentiel. Mais au-delà des symboles, les interventions ont touché au concret. Ngoie Lubika n’a pas éludé les défis, citant le récent rapport de la Banque mondiale pointant du doigt les lacunes en matière de transparence financière et de reddition des comptes dans les structures publiques. Un rappel salutaire que la célébration ne doit pas occulter la rigueur attendue de tous les mandataires, femmes ou hommes.
Qu’est-ce que cette reconnaissance change réellement pour la gouvernance publique femmes Kinshasa et au-delà ? Pour les participantes, c’est d’abord une forme de légitimation. « Cela brise le plafond de verre pour les générations futures », confie une participante sous couvert d’anonymat. L’analyse collective révèle un double enjeu : d’une part, inspirer et ouvrir la voie à d’autres femmes talentueuses ; d’autre part, améliorer concrètement la performance des entreprises publiques grâce à des perspectives de gestion diversifiées. La ministre du Portefeuille, Julie Shiku, a été présentée comme un catalyseur de ce changement, instaurant par son écoute un « climat de confiance propice à l’efficacité » selon les mots du président du COPAC.
Pourtant, la route reste longue. La cérémonie kinoise, si elle marque un progrès indéniable, agit comme un miroir grossissant d’une réalité plus contrastée. La présence féminine aux plus hauts postes de décision dans les entreprises publiques et les établissements publics reste une exception plutôt que la norme. Cette initiative du COPAC pose donc une action pionnière. S’agit-il d’un tournant ou d’un épisode isolé ? La pérennité de cette dynamique dépendra de la volonté politique et de l’évolution des mentalités au sein même des conseils d’administration, encore très masculins.
En conclusion, cette soirée du 28 mars à Kinshasa fut bien plus qu’une réception. Elle fut un acte politique et social. Elle a mis en lumière le rôle stratégique des femmes dans la gestion du bien commun et a, sans détour, rappelé que la performance économique et la bonne gouvernance passent par l’inclusion. Alors que la RDC fait face à d’immenses défis de développement, peut-elle se priver de la moitié des talents de sa population ? La réponse, portée par les femmes présidentes honorées ce soir-là et par les institutions qui les soutiennent, s’écrit désormais dans les faits et les décisions concrètes. Le véritable hommage sera une gouvernance publique renouvelée, plus transparente, plus efficace, et résolument paritaire.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
