Une épidémie de choléra vient d’être confirmée au sein de la prison de Mbanza-Ngungu, dans la province du Kongo-Central, créant une urgence sanitaire qui a poussé les plus hautes autorités à réagir. Le bilan, encore provisoire, est lourd : 11 décès et 74 cas ont été enregistrés parmi les quelque 800 détenus de l’établissement. Face à cette situation critique, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a annoncé une série de mesures exceptionnelles, dont la suspension immédiate des nouvelles admissions. Cette décision radicale vise à enrayer la chaîne de transmission et à protéger la santé des personnes incarcérées ainsi que du personnel pénitentiaire.
Mais comment une maladie comme le choléra peut-elle prendre une telle ampleur en milieu carcéral ? La réponse réside souvent dans des conditions de vie précaires. Le choléra est une infection intestinale aiguë provoquée par la bactérie Vibrio cholerae. Elle se transmet principalement par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Dans un environnement surpeuplé où l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires adéquates peut être limité, la propagation devient extrêmement rapide. Les symptômes initiaux – diarrhées aqueuses et vomissements abondants – peuvent conduire à une déshydratation sévère et au décès en quelques heures si aucun traitement n’est administré. C’est cette rapidité et cette gravité qui justifient la déclaration d’urgence sanitaire dans la prison RDC.
Conscient de l’extrême urgence, le ministre Ngefa a immédiatement activé une coordination avec son homologue de la Santé Publique. Un centre de traitement du choléra a été installé directement dans l’enceinte de la prison de Mbanza-Ngungu. Des lits supplémentaires ont été mobilisés pour isoler et soigner les patients. Pour les cas les plus graves, un protocole de transfert vers des structures hospitalières spécialisées a été mis en place. Sur le front médical, les équipes sur place assurent une prise en charge continue, administrent des sels de réhydratation orale – traitement essentiel et salvateur – et ont lancé des campagnes de vaccination ciblées. Ces actions visent à la fois à soigner et à créer un bouclier immunitaire pour freiner l’épidémie.
L’arsenal déployé ne se limite pas aux soins curatifs. En parallèle, des opérations d’assainissement de grande envergure sont en cours. Elles comprennent la désinfection systématique des cellules, des cours et des espaces communs, ainsi qu’un contrôle renforcé de la qualité de l’eau distribuée dans l’établissement. Car, sans assainissement de l’environnement, le risque de réinfection ou de nouvelles contaminations reste élevé. Ces mesures de fond sont cruciales pour une lutte durable contre le choléra et répondent aux exigences de la santé carcérale en RDC, un domaine où les défis sont immenses mais où l’engagement des autorités est réaffirmé.
Cette crise intervient dans un contexte où le pays a récemment fait face à une autre flambée de choléra, notamment dans la prison centrale de Makala à Kinshasa. L’expérience acquise lors de cet épisode précédent a sans doute permis une réaction plus structurée cette fois-ci. Les notes présentées en Conseil des ministres indiquaient d’ailleurs une baisse des cas suspects à Makala, preuve que les mesures sanitaires drastiques peuvent porter leurs fruits. La démarche du ministre de la Justice s’inscrit dans un cadre légal précis, notamment la loi déterminant les principes fondamentaux du régime pénitentiaire, qui garantit la protection de la santé et de la dignité des détenus.
Que peut-on retenir de cette situation alarmante ? D’abord, que les milieux fermés et surpeuplés comme les prisons sont des amplificateurs redoutables pour les maladies hydriques. Ensuite, que la réaction des autorités, bien que nécessairement ferme, doit aller au-delà de la gestion de crise. Renforcer durablement les dispositifs de prévention dans toutes les prisons congolaises est un impératif. Cela passe par des investissements continus dans l’accès à l’eau salubre, des systèmes d’assainissement fonctionnels et une surveillance médicale régulière. La protection de la santé des détenus n’est pas seulement une obligation légale ; c’est un marqueur essentiel de l’état de droit et de la dignité humaine.
Le gouvernement, par la voix du ministre Ngefa, a réaffirmé sa pleine mobilisation. La mise en œuvre de ces mesures exceptionnelles du ministre de la justice est un signal fort. Elle montre une volonté de prendre à bras-le-corps les défis sanitaires en milieu carcéral. Pour le citoyen, cela doit aussi être un rappel de l’importance des gestes d’hygiène de base, où qu’il se trouve. La lutte contre le choléra, en prison comme dans la communauté, est un combat collectif qui exige vigilance, moyens et une réponse rapide et coordonnée à chaque signal d’alarme.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
