Un chien errant traverse la piste au moment où un avion s’apprête à atterrir. Cette scène, devenue trop fréquente, fait frémir le personnel de l’aéroport de Bunia. « À chaque rotation, on retient notre souffle. La présence de ces animaux est une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes », confie, sous couvert d’anonymat, un agent de la sécurité aéronautique. Cette peur quotidienne a poussé les autorités à une décision radicale pour renforcer la sécurité de l’aéroport Bunia.
Face à ce péril permanent, le maire de Bunia a pris une mesure qui fait couler beaucoup d’encre : l’instruction donnée aux forces de sécurité d’abattre tous les animaux en divagation à l’intérieur de la concession de la Régie des voies aériennes (RVA). Cette directive, bien que drastique, répond à une urgence sécuritaire criante. Comment, en effet, assurer un trafic aérien serein lorsque chiens et chèvres se promènent librement sur les tarmacs et aux abords des pistes ? La question de la sécurité à l’aéroport Bunia n’est plus un détail, mais une condition sine qua non à son développement.
Les risques sont concrets et multiples. Une collision entre un avion, même lors des phases de décollage ou d’atterrissage à basse vitesse, et un animal de taille moyenne peut causer des dégâts matériels importants et mettre en danger la vie des dizaines de passagers à bord. Les débris aspirés par les réacteurs représentent un scénario catastrophe que tout le secteur redoute. Cette menace sur la sécurité aérienne à Bunia est d’autant plus préoccupante que l’infrastructure est en pleine mutation. Avec les travaux d’élargissement de sa piste, l’aéroport se prépare à accueillir un trafic aérien plus important et à se conformer à des standards internationaux. L’augmentation prévisible du nombre de mouvements d’avions multiplie mécaniquement les risques de collisions.
La racine du problème plonge dans les réalités sociales des quartiers périphériques. L’aéroport est cerné par des habitations des quartiers Gbanday, Mbunya 1, Chunga et Tsere. Malgré des opérations de délocalisation et d’indemnisation, certaines familles résistent encore, estimant les compensations insuffisantes. Cette proximité humaine explique en grande partie la divagation des animaux domestiques. À cela s’ajoute un problème infrastructurel majeur : l’absence d’une clôture sécurisée autour de l’enceinte de la RVA en Ituri. Cette faille béante rend toute tentative de contrôle vaine et facilite l’intrusion permanente des bêtes.
La décision du maire de Bunia, bien que sévère, est accueillie avec un soulagement prudent par les compagnies aériennes desservant la région. Pour elles, il s’agit d’une mesure d’urgence nécessaire pour garantir un environnement opérationnel minimal. « C’est un premier pas, mais il ne doit pas être le seul », nuance un responsable d’une agence de transport aérien. Le consensus dans le secteur est clair : l’abattage n’est pas une solution durable. L’appel est unanime pour la construction rapide d’une clôture pérenne autour de toute la concession. Une telle infrastructure constituerait la seule réponse à long terme pour concilier sécurité aéronautique et respect de la vie animale, tout en apaisant les tensions avec les riverains.
Cette situation met en lumière un défi de développement plus large. Comment les villes en croissance comme Bunia gèrent-elles la cohabitation entre des infrastructures critiques et les populations avoisinantes ? La mesure de sécurité prise par le maire pose une question éthique et sociale : jusqu’où faut-il aller pour protéger le progrès et les investissements ? La sécurisation du trafic aérien à Bunia est légitime et vitale pour l’économie de l’Ituri. Cependant, elle ne peut se faire au détriment d’un dialogue social approfondi avec les communautés et sans investir dans des solutions définitives. L’édification d’une clôture n’est pas qu’un projet technique ; c’est un symbole de la volonté de construire un développement qui inclut et protège tous les acteurs, qu’ils soient dans les airs ou au sol.
L’enjeu dépasse donc la simple gestion des animaux errants. Il s’agit de bâtir une sécurité aéroportuaire intégrée, qui prenne en compte les facteurs humains, techniques et environnementaux. La balle est désormais dans le camp des autorités pour transformer cette mesure d’urgence en une politique publique structurée. L’avenir de l’aéroport de Bunia, et par extension celui de la dynamique économique régionale, en dépend.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
