Une nouvelle vague de terreur a déferlé sur le territoire d’Irumu, en Ituri. En l’espace de quarante-huit heures, plus de trois cents civils ont été capturés par des combattants des Forces démocratiques alliées (ADF). Ces attaques ciblées et coordonnées le long de l’axe Mambasa-Komanda plongent une région déjà vulnérable dans une crise humanitaire et sécuritaire d’une gravité extrême.
Les faits remontent au samedi 28 mars. Le village de Babungwe a été le premier frappé. Une centaine de personnes, essentiellement des cultivateurs travaillant leurs champs, ont été enlevées par des hommes armés identifiés comme appartenant au groupe rebelle ADF. La panique s’est ensuite propagée comme une traînée de poudre le long de la route nationale N°4.
Le dimanche matin, l’offensive s’est intensifiée. Le village de Lomalisa a subi le même sort. Des coups de feu ont retenti, les assaillants tirant en l’air pour semer la terreur avant de procéder à des rafles méthodiques. Plus de deux cents autres civils ont été capturés. Les rebelles ont ensuite étendu leurs exactions aux localités voisines de Mabukulu et Masoli, confirmant le caractère systématique de cette opération d’enlèvements de masse.
Ces incursions ne sont malheureusement pas une surprise totale. Une présence accrue des ADF avait été signalée depuis plusieurs jours dans la forêt de Bakwanza, située dans le territoire voisin de Mambasa. Cette zone forestière dense sert souvent de base arrière et de sanctuaire aux combattants, rendant les actions préventives des forces de sécurité particulièrement complexes. Cette recrudescence d’attaques attribuées aux ADF souligne la fragilité persistante de la sécurité dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
Face à cette situation catastrophique, la société civile et les défenseurs des droits humains lancent un cri d’alarme. John Vuleverio, un activiste local, avance un bilan encore plus lourd, évoquant 388 civils aux mains des ravisseurs. « Ces enlèvements exposent une fois de plus les populations à des violations graves. La protection des civils est une obligation fondamentale de l’État », a-t-il martelé. Une crainte majeure est exprimée : celle que des exécutions sommaires aient déjà eu lieu dans l’épaisseur de la forêt, hors de tout regard.
La question qui brûle toutes les lèvres est simple : quelle réponse des autorités ? Pour l’instant, les populations sont livrées à elles-mêmes, entre panique et désespoir. Les autorités territoriales ont simplement promis de se prononcer dans les prochaines heures, une attente qui semble interminable pour les familles des victimes. La société civile, elle, exige avec fermeté le lancement immédiat d’opérations militaires de grande envergure. L’objectif est double : libérer dans les plus brefs délais les centaines d’otages et sécuriser de manière durable cet axe vital, théâtre récurrent d’attaques rebelles en RDC.
Ce nouvel épisode sanglant s’inscrit dans une série noire. Rien qu’au cours du dernier mois, près d’une dizaine d’attaques imputées aux ADF ont été enregistrées dans le seul territoire de Mambasa, entraînant morts d’hommes et pillages. Cette escalade de violences démontre la capacité de nuisance intacte de ce groupe et l’incapacité actuelle à protéger efficacement les civils. Les attaques des ADF dans l’Ituri créent un cycle infernal de déplacement et de traumatismes.
La communauté internationale est une nouvelle fois interpellée sur la tragédie qui se joue dans l’Est congolais. Alors que des vies sont en suspens, l’inaction serait complice. La libération des civils enlevés doit devenir une priorité absolue. Les mots ne suffisent plus ; des actes concrets et une pression accrue sont nécessaires pour mettre un terme à l’impunité dont jouissent les auteurs de ces atrocités. Jusqu’à quand les populations devront-elles vivre sous la menace constante des kalachnikovs et des enlèvements ? La réponse à cette question rhétorique déterminera l’avenir immédiat de toute une région.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
