À Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, l’air était chargé d’une attente palpable ce samedi 28 mars. Sous une chaleur accablante, des dizaines de personnes vivant avec handicap s’étaient rassemblées pour un dialogue social historique. Parmi elles, Jean, en fauteuil roulant, partage son sentiment d’abandon : « Depuis des années, nous nous sentons invisibles. Nos droits, notre accès aux soins, à l’éducation… tout est un combat. » Ce témoignage poignant résume le défi quotidien de milliers de Congolais. Pourtant, ce jour pourrait marquer un tournant. La ministre des Personnes vivant avec handicap, Irène Esambo, présente dans le cadre de la Conférence des gouverneurs, a apporté une annonce qui a électrisé l’assemblée : l’installation officielle de son administration au cœur du Kwilu.
« Nous sommes venus pour installer notre administration ici, dans votre province », a déclaré Irène Esambo devant un parterre d’agents provinciaux, de cadres et de citoyens. Cette démarche s’inscrit dans la grande réforme de mise en place du Secrétariat général des personnes vivant avec handicap, une structure appelée à s’étendre sur l’ensemble du territoire national. Pour la ministre, cette installation administration Kwilu n’est pas qu’un acte symbolique. Des kits matériels et logistiques ont été remis pour permettre à la nouvelle division provinciale de fonctionner immédiatement. « Le Kwilu a compris que nous ne travaillons pas uniquement à Kinshasa », a-t-elle souligné, adressant une pique subtile à la centralisation excessive qui a souvent marginalisé les provinces.
Mais au-delà des déclarations, qu’est-ce que cette installation concrète change pour les personnes vivant avec handicap RDC ? Pour Marie, mère d’un enfant malentendant, présente à la rencontre, l’espoir renaît : « Enfin, nous aurons une porte à frapper ici, à Bandundu. Plus besoin de faire le voyage épuisant et coûteux jusqu’à la capitale pour faire entendre nos problèmes. » Cette attente résume l’enjeu de la gouvernance inclusive handicap prônée par le gouvernement. Il s’agit de décentraliser les services et la prise de décision pour coller aux réalités du terrain. La division provinciale handicap devra ainsi servir de relais local pour identifier les besoins spécifiques, faciliter l’accès aux aides, et surtout, briser les barrières sociales et architecturales qui entravent l’épanouissement de cette communauté.
Pourtant, des questions persistent. Cette nouvelle structure aura-t-elle les moyens de ses ambitions ? Comment s’assurer que les fonds et l’attention ne se dilueront pas dans les méandres bureaucratiques ? La volonté affichée par Irène Esambo d’apporter des réponses « même dans les zones les plus reculées » est louable, mais elle se heurtera à l’immensité du territoire et à la faiblesse des infrastructures. La gouvernance inclusive ne se décrète pas, elle se construit avec une participation réelle des concernés. Ce dialogue social était un premier pas, mais sera-t-il suivi d’une consultation permanente ? Les personnes handicapées demandent plus qu’une administration ; elles réclament une reconnaissance pleine et entière de leur citoyenneté.
L’installation au Kwilu est donc un signal fort, un premier jalon dans un long processus. Elle montre une prise de conscience que l’inclusion ne peut être effective que si les mécanismes étatiques descendent à la base. Pour la RDC, où les personnes en situation de handicap sont souvent parmi les plus pauvres et les plus exclues, chaque avancée locale compte. Le défi est maintenant de dupliquer cette initiative dans toutes les provinces, de la doter de ressources humaines et financières adéquates, et de transformer les promesses en actions tangibles. L’histoire jugera cette réforme à l’aune des vies qu’elle aura concrètement améliorées. En attendant, à Bandundu, un souffle d’espoir, ténu mais réel, caresse les visages. L’inclusion a peut-être enfin trouvé une adresse au Kwilu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
