La treizième édition de la Conférence des gouverneurs s’est achevée, ce vendredi 27 mars à Bandundu, sur un diagnostic sans fard dressé par le Chef de l’État, Félix Tshisekedi. Face aux vingt-six gouverneurs réunis, le président de la République a énuméré les entraves structurelles qui paralysent le développement du Grand Bandundu, un constat amer qui dépasse, selon ses propres termes, le cadre de cette seule région pour embrasser la réalité de « nombre de provinces, sinon l’ensemble de notre pays ». Cette lucidité affichée marque-t-elle un tournant dans la politique provinciale RDC ou se contente-t-elle d’énoncer, une nouvelle fois, des maux chroniques ?
Le président a pointé du doigt une tétralogie de freins : l’insuffisance criante d’infrastructures, les difficultés de desserte, la faible fluidité des échanges et, surtout, la sous-évaluation du potentiel énergétique. Ces contraintes, a-t-il souligné, privent les provinces de cet espace – et par extension la nation – d’assumer leur rôle stratégique, notamment dans l’approvisionnement de Kinshasa. Le tableau est sombre, mais Félix Tshisekedi y discerne une lueur : la richesse potentielle du Kwilu, dont il dit avoir mesuré l’étendue « au cours de son itinérance ». Les potentialités agricoles, pastorales, halieutiques et énergétiques sont là, mais semblent condamnées à stagner, prisonnières d’un enclavement persistant.
La réponse du pouvoir central, esquissée dans le discours de clôture, prône une montée en généralité. « Les mesures préconisées ici ne doivent pas être limitées à une seule province, a insisté le Président. Elles doivent inspirer, avec les adaptations nécessaires, une approche plus large, appelée à être étendue à toutes les provinces présentant des potentialités comparables. » Cette volonté de systématiser les solutions, de transformer l’exemple du Kwilu en modèle, sonne comme un aveu. Elle reconnaît implicitement l’échec des approches parcellaires et le besoin d’une vision cohérente et nationale pour le développement des territoires. Les « priorités exemplaires » identifiées pour le Kwilu serviront-elles de véritable feuille de route ou resteront-elles des vœux pieux inscrits dans le procès-verbal d’une conférence ?
Pendant quatre jours, les gouverneurs et leurs experts ont planché sur le thème de la « Transformation du secteur agricole, pastoral et halieutique : développement rural et connexion aux marchés urbains ». Un sujet central pour un pays au potentiel agropastoral immense, mais dont les circuits de commercialisation pâtissent cruellement des carences en infrastructures Kwilu et ailleurs. La connexion entre les zones de production et les centres de consommation, clé de voûte de toute dynamique économique, apparaît donc comme le chaînon manquant. Le président joue gros avec cette prise de conscience, dont la traduction concrète pourrait soit redonner du crédit à la politique de décentralisation, soit au contraire révéler l’incapacité de l’État à désenclaver ses propres provinces.
En annonçant que la prochaine session de cette Conférence des gouverneurs se tiendra à Matadi, ville portuaire stratégique et symbole des défis logistiques du pays, Félix Tshisekedi place la barre haut. Le passage de la parole aux actes, de l’analyse en chambre à l’exécution sur le terrain, constituera le vrai test. La 14e session devra faire bien plus qu’entériner un nouveau constat ; elle devra rendre compte des premiers travaux engagés pour briser les goulots d’étranglement identifiés à Bandundu. L’enjeu est de taille : prouver que ces rencontres hautement protocolaires sont autre chose qu’un théâtre d’ombres et qu’elles peuvent impulser une véritable dynamique de développement du Grand Bandundu et au-delà. La crédibilité de l’exécutif en matière de politique provinciale RDC en dépend directement.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
