Les pelles mécaniques rugissent, la poussière se mêle à l’espoir. Sur l’avenue Kabambare, entre Wangata et Bokasa, le bitume neuf remplace progressivement les nids-de-poule qui défiaient quotidiennement automobilistes et mototaxis. Cette réhabilitation de l’avenue Kabambare est bien plus qu’un simple chantier ; c’est le symbole d’une mobilité urbaine RDC en quête de renouveau. « Avant, c’était un calvaire pour rejoindre le marché. Maintenant, on respire un peu », confie Maman Sophie, commerçante depuis vingt ans à Zando, en observant les engins s’activer. Son témoignage résonne avec celui de centaines d’habitants des communes de Kinshasa et Barumbu, qui voient dans ces travaux une lueur d’amélioration concrète de leur quotidien.
Le projet s’inscrit dans un vaste programme de modernisation du marché central Zando et de ses abords. Les avenues du Plateau, du Marché, de l’École, du Maré et Rwakadingi sont également concernées par ce plan de travaux voirie Kinshasa orchestré par le gouvernement provincial. L’objectif affiché est clair : fluidifier la circulation et renforcer la connectivité de ce poumon économique de la capitale. Le chantier Safrimex Kinshasa avance, pierre après pierre, canalisation après canalisation. La construction de caniveaux pour un meilleur drainage des eaux pluviales est en cours, une avancée cruciale pour une ville souvent paralysée par les inondations. Sur une partie de l’avenue Kasa-Vubu, proche du chantier, la pose de la deuxième couche d’enrobé a déjà permis le retour des véhicules, offrant un avant-goût du résultat final.
Mais derrière cette dynamique positive, des défis persistent et ralentissent parfois l’élan. Charly Ndamani, cheffe de travaux pour Safrimex, l’ingénieure en première ligne sur ce front urbain, explique sans détour : « Les difficultés d’approvisionnement en matériaux de construction sont une réalité qui impacte notre calendrier. Il ne s’agit pas seulement de financements, mais aussi de logistique. » Cette franchise est salutaire. Combien de promesses de réhabilitation se sont-elles évaporées dans les sables mouvants des délais non tenus ? La population, elle, observe avec un mélange de satisfaction et d’impatience. Elle a trop souvent vu des chantiers s’éterniser ou laisser place à des réalisations de moindre qualité. Alors, que faut-il pour que cette fois-ci soit la bonne ?
L’enjeu dépasse largement l’asphaltage d’une route. Il s’agit de repenser la circulation dans un secteur congestionné, de sécuriser les déplacements des milliers de commerçants et clients de Zando, et in fine, de booster l’activité économique locale. Une meilleure mobilité urbaine RDC signifie un temps de trajet réduit, une usure moindre des véhicules, et donc un pouvoir d’achat préservé pour les ménages. C’est une chaîne de valeur qui se crée à partir d’une infrastructure de base. Les travaux actuels posent les fondations de cette transformation. La détermination affichée par les ingénieurs sur le terrain est un signal encourageant, mais elle devra s’accompagner d’une gestion rigoureuse et transparente pour maintenir la confiance.
À quelques mois de la réouverture complète annoncée, l’avenue Kabambare devient un laboratoire. Réussira-t-on à concilier les impératifs techniques, les réalités logistiques et les attentes légitimes de la population ? Le chantier est un révélateur des ambitions et des limites de la modernisation du marché central Zando. Les regards sont tournés vers ces bulldozers et ces rouleaux compresseurs. Ils ne sculptent pas seulement de la matière, ils tracent le contour d’une ville qui aspire à un fonctionnement plus apaisé et plus efficace. L’espoir est palpable, tout comme la vigilance. L’histoire nous apprend que la dernière couche d’asphalte n’est jamais que le début du vrai test : celui de la durabilité et de l’entretien. Kinshasa mérite-t-elle mieux que des chantiers éphémères ? La réponse se construit, jour après jour, sur l’avenue Kabambare.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
