Imaginez planifier l’avenir d’un pays sans savoir précisément combien il compte d’habitants, où ils vivent et quels sont leurs besoins. C’est le défi auquel la République Démocratique du Congo a été confrontée pendant plus de quarante ans. Aujourd’hui, une lueur d’espoir perce avec l’annonce d’une mobilisation financière et politique historique pour le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2). Mais derrière les chiffres et les communiqués officiels, quels espoirs concrets pour les Congolais ?
La nouvelle a été officialisée à Kinshasa : plus de 200 millions de dollars américains sont désormais sur la table, dépassant même le budget initial estimé à 192 millions. Ce succès, présenté comme un « signal de confiance renouvelée », est le fruit d’une table ronde avec les partenaires techniques et financiers. Pour un pays dont le dernier recensement remonte à 1984, cette étape est bien plus qu’une formalité administrative. Elle représente une condition sine qua non pour enfin piloter le développement avec des données démographiques fiables. Comment construire des écoles, des hôpitaux ou des routes sans une cartographie précise de la population ?
L’appropriation nationale semble être au cœur de la stratégie. Le gouvernement, porté par le président Félix Tshisekedi et piloté par la Première ministre Judith Suminwa, a pris soin d’impliquer les relais locaux. La mobilisation de plus de 400 autorités coutumières à Kinshasa en est un symbole fort. Ces figures traditionnelles, profondément ancrées dans leurs communautés, sont essentielles pour faciliter l’adhésion des populations, souvent méfiantes face aux opérations d’État. De même, les gouverneurs des 26 provinces, réunis à Bandundu, ont été officiellement invités à jouer un rôle central dans la sensibilisation et la logistique. Le financement du recensement en RDC n’est donc pas qu’une question d’argent ; c’est un test de la capacité de l’État à fédérer toutes ses forces vives, du sommet à la base.
L’engagement du pouvoir ne s’arrête pas aux discours. Le chef de l’État a annoncé une contribution nationale de 30 millions de dollars, une manière de « montrer l’exemple » et de démontrer l’appropriation politique du projet. Cet effort interne est crucial pour légitimer la demande d’aide extérieure et encourager d’autres contributions. La présence à Kinshasa de Diène Keita, directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la Population, et le rôle de cet organisme dans l’administration des fonds aux côtés de la Banque mondiale et de la BAD, attestent d’un soutien international structuré. La mobilisation de fonds pour le recensement semble ainsi avoir trouvé un cadre crédible.
Mais la route reste longue et semée d’embûches. La RDC est un pays immense, avec des zones d’accès difficile et des contextes sécuritaires variés. Le recensement sera-t-il véritablement exhaustif ? Les équipes parviendront-elles à toucher chaque village, chaque quartier ? La population, souvent préoccupée par le quotidien, comprendra-t-elle l’intérêt de ce vaste exercice pour son propre avenir ? Ces questions sont sur toutes les lèvres des observateurs. Les autorités promettent des données démographiques du Congo actualisées, indispensables pour une planification économique et sociale efficace. Un enjeu colossal dans un contexte de croissance démographique rapide.
Au-delà des statistiques, le RGPH-2 porte une promesse de reconnaissance. Pour des millions de Congolais, être compté, c’est exister aux yeux de l’État. C’est la possibilité de voir leurs besoins pris en compte dans les politiques publiques. La réussite de cette opération ne se mesurera pas seulement à la somme collectée, mais à la qualité et à l’utilisation des informations recueillies. Le pays parviendra-t-il à transformer cette masse de données en actions concrètes pour améliorer les conditions de vie ? L’aboutissement de cette mobilisation pour le RGPH-2 ouvre une fenêtre d’espoir, mais c’est à l’exécutif et à tous les acteurs impliqués de prouver que cette confiance et ces ressources n’auront pas été vaines. L’avenir du plan de développement du pays en dépend.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
