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Grève des médecins au Kasaï : Guy Mafuta Kabongo promet un déblocage urgent des salaires

« Depuis sept mois, je travaille sans recevoir un franc. Ma famille survit grâce à la solidarité des voisins et quelques consultations privées, mais jusqu’à quand ? » La voix empreinte de lassitude du Dr Jonas (nom d’emprunt), médecin à l’hôpital général de Tshikapa, résume le calvaire vécu par des dizaines de professionnels de santé dans la province du Kasaï. Un mouvement de grève, déclenché pour réclamer le paiement de sept mois d’arriérés de salaire, paralyse progressivement les structures sanitaires, plongeant la population dans une inquiétante précarité médicale.

Face à cette crise qui s’aggrave, l’élu de la circonscription de Tshikapa, le député national Guy Mafuta Kabongo, est monté au créneau. Il a lancé un appel pressant aux médecins grévistes, les exhortant à suspendre leur mouvement. Selon lui, des solutions concrètes sont enfin en vue après une série de consultations avec les administrations concernées. Une lueur d’espoir, certes, mais qui suffira-t-elle à apaiser la colère légitime d’un corps médical épuisé et à endiguer la crise sanitaire Kasaï qui se profile ?

« Nous avons mené un travail de fourmi pour comprendre l’origine du blocage », a expliqué Guy Mafuta Kabongo. Son périple administratif l’a conduit de la Direction de la paie à l’Ordonnateur délégué, puis à la Banque centrale du Congo (BCC). Les investigations ont mis au jour un imbroglio financier complexe. Un premier virement de seulement 49 millions de francs congolais, censé couvrir la paie, n’a concerné que deux territoires, laissant les trois autres et la ville de Tshikapa sur le carreau. Une situation intenable qui a directement alimenté la grève médecins Kasaï.

L’élu a précisé que le désengagement de la SOFIBANQUE comme banque traitante aurait compliqué les choses, entraînant le renvoi à la BCC des fonds pour le complément de salaire du dernier trimestre. Bonne nouvelle, cependant : le salaire du mois de janvier est déjà disponible au niveau de l’Ordonnateur et son paiement est annoncé « incessamment ». Concernant les arriérés des mois d’octobre, novembre et décembre 2023 – correspondant au T4 –, les fonds seraient toujours détenus par la Banque centrale. Guy Mafuta Kabongo promet d’intervenir personnellement pour ordonner leur transfert vers l’Ordonnateur principal, afin que les salaires impayés médecins RDC soient enfin versés.

Mais sur le terrain, la confiance est mince. « Nous avons entendu trop de promesses non tenues », soupire une infirmière major contactée à Tshikapa. Les conséquences de la Tshikapa grève médecins sont déjà palpables. Les consultations sont réduites au strict minimum, les urgences sont prises en charge par un personnel squelette, et de nombreux patients chroniques ne reçoivent plus leur suivi. Cette dégradation notable de l’offre de soins dans une région déjà fragile fait craindre une recrudescence des maladies et une augmentation de la mortalité évitable. Jusqu’où cette paralysie peut-elle aller ?

L’intervention de Guy Mafuta Kabongo est saluée par certains comme un geste politique nécessaire, mais d’autres y voient un coup d’épée dans l’eau si les engagements ne sont pas matérialisés par des virements effectifs. La crédibilité des institutions est en jeu. Comment expliquer que les garants de la santé publique, en première ligne lors de la pandémie, soient abandonnés à ce point ? Cette situation pose une question fondamentale sur la valeur accordée au secteur de la santé en RDC. Le député a-t-il suffisamment de poids pour débloquer une machine administrative aussi rouillée ?

La population, elle, est prise en étau entre un système de santé à l’arrêt et une incapacité financière à se tourner vers le privé. Cette grève révèle une fois de plus la vulnérabilité extrême du système de santé congolais, qui repose sur le sacrifice et la résilience de son personnel, souvent non rémunéré. La promesse de paiement du mois de janvier est un premier pas, mais elle ne effacera pas sept mois d’angoisse et de précarité. Les médecins attendront-ils de voir l’argent sur leurs comptes avant de reprendre le travail ? La balle est désormais dans le camp de l’administration et des décideurs. L’urgence n’est plus seulement financière, elle est humaine et sanitaire. Le Kasaï retient son souffle, espérant que cette fois, les paroles seront suivies d’actes pour sortir définitivement de cette impasse.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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