« On nous parle de développement, mais nos maisons, nos vies sont ici. Que deviendrons-nous si l’argent promis n’arrive pas ? » La question, lourde d’anxiété, plane dans l’air chaud de Mont-Ngafula. Elle résume le dilemme auquel sont confrontés des centaines de familles de Lutendele et Mbudi, dont l’habitat se trouve sur le tracé de la future rocade Sud-Ouest. Samedi, une Commission gouvernementale est venue à leur rencontre, un exercice de sensibilisation qui ressemble à un fragile exercice d’équilibre entre l’urgence des travaux et le droit des populations.
L’initiative, présentée comme un dialogue, vise à mobiliser les communautés locales autour des enjeux liés à l’expropriation pour cause d’utilité publique. Des experts de divers services et les membres de la Commission interministérielle ont tenté de cartographier les espaces impactés et d’expliquer le processus, souvent opaque, de l’indemnisation. Mais au-delà des explications techniques, quelle est la véritable capacité de l’État à tenir parole ? Les souvenirs d’autres chantiers, où les promesses se sont évaporées, hantent les esprits.
« Nous voulons bien comprendre, nous voulons bien collaborer pour le projet routier Mont-Ngafula, mais la confiance n’est pas un cadeau, elle se mérite », lance un habitant de Lutendele, préférant garder l’anonymat. Son témoignage frappe par sa justesse : comment construire l’avenir du pays si le présent de ses citoyens est bâti sur du sable ? La rencontre a permis d’exprimer ces craintes, formulant une attente claire : un traitement amiable et respectueux, où le paiement des indemnisations n’est pas une faveur mais un droit. Ce dialogue est-il le prélude à une résolution équitable ou une simple formalité avant le passage des bulldozers ?
Cette séance à Mont-Ngafula n’est pas un cas isolé. Il y a trois semaines, une campagne similaire ciblait les riverains de l’avenue Ndjoku à Kimbanseke, preuve que le projet des Rocades avance par vagues successives d’inquiétude. Cette stratégie de porte-à-porte institutionnel révèle une prise de conscience : on ne peut plus imposer un projet d’envergure sans au moins consulter, ne serait-ce que pour la forme, ceux qui en paieront le prix le plus immédiat. Mais une réunion suffit-elle à apaiser des années de défiance ?
Le cœur du problème reste la matérialisation des engagements. L’expropriation Kinshasa connaît-elle enfin un cadre transparent, ou assiste-t-on à une répétition de scénarios anciens où les plus vulnérables sont toujours les perdants ? La Commission gouvernementale expropriation porte une lourde responsabilité : elle est désormais le visage de l’État pour ces familles. Sa crédibilité ne se jugera pas à la qualité de ses explications, mais à la régularité et à l’équité des versements effectués aux habitants de Lutendele Mbudi.
Finalement, cet épisode dépasse le simple cadre d’un chantier. Il pose une question fondamentale pour le développement de la RDC : comment concilier les impératifs d’infrastructures modernes avec le respect absolu des droits patrimoniaux et humains des citoyens ? La rocade Sud-Ouest sera-t-elle une route du progrès partagé ou une nouvelle cicatrice de l’injustice urbaine ? La réponse se construira dans les semaines à venir, à la fois dans les bureaux des décideurs et dans les cours des maisons promises à la démolition. L’enjeu est de taille : prouver que le développement peut rimer avec dignité.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
