Le commandement suprême des Forces armées de la République démocratique du Congo a lancé un avertissement sans équivoque. Une mise en garde solennelle qui résonne comme un coup de semonce dans la capitale minière du pays. En marge d’une imposante parade militaire au camp Major Vangu de Lubumbashi, le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe, chef d’état-major général des FARDC, a pointé du doigt une menace extérieure cherchant à raviver les braises de l’instabilité dans la riche province du Haut-Katanga.
Le discours du haut gradé a été sans ambiguïté. Il a dénoncé des manœuvres d’infiltration et de recrutement qu’il attribue directement à Kigali. Selon ses déclarations, le Rwanda orchestrerait une campagne visant à enrôler de jeunes Congolais sous de fausses promesses, notamment dans le lucratif secteur minier de la région. Ces individus, une fois manipulés, seraient destinés à former de nouvelles poches d’insécurité. La zone de départ de cette machination désignée ? Le territoire de Mitwaba, situé dans le Haut-Katanga.
« À Lusinga, il y a eu deux groupes qui sont venus. L’un a servi de couverture à celui qu’on est en train de créer par les gens qui sont aujourd’hui cofondateurs du M23 et veulent ramener l’insécurité […] une machination montée à partir de Kigali », a-t-il affirmé devant les troupes. Cette accusation frontale place la menace Rwanda au cœur des préoccupations sécuritaires locales. L’implication supposée d’anciens membres fondateurs du mouvement rebelle M23 ajoute une dimension inquiétante à cette alerte. S’agit-il d’une tentative de résurgence de ce groupe sous une autre forme dans le sud du pays ?
Pour étayer ses dires, le général a présenté lors de la parade un officier présumé impliqué dans ces activités de recrutement illégal, ainsi qu’un complice. Cette mise en scène visait à démontrer la matérialité et la proximité du danger. Elle illustre la stratégie présumée de l’adversaire : infiltrer les structures locales, militaires ou civiles, pour saper la stabilité de l’intérieur. La menace est donc jugée réelle, tangible, et en cours d’exécution.
Face à ce péril, l’appel lancé aux forces de défense et de sécurité a été univoque : une vigilance de tous les instants et une cohésion indéfectible. Le lieutenant-général Mwilambwe a exhorté militaires et policiers à résister à toute manipulation et à bannir les discours de haine. « Les militaires doivent être prêts, ne pas céder à la manipulation et surtout ne pas laisser la division entrer dans l’armée et la police. Toute complicité sera châtiée sévèrement », a-t-il martelé. Ce message souligne la crainte d’une érosion de la discipline et d’une possible porosité au sein des rangs face aux tentatives de corruption ou de division.
Ce cri d’alarme intervient dans un contexte sécuritaire déjà lourd pour le territoire de Mitwaba. La région a récemment été le théâtre d’incursions armées. Des groupes ont été signalés dans la zone de Lusinga, en bordure du Parc national de l’Upemba, ainsi qu’à Konga, non loin de Mitwaba-centre. Cette dernière localité aurait subi une attaque attribuée à une nouvelle mouvance insurrectionnelle liée aux Maï-Maï Bakata Katanga. Ces incidents peignent le tableau d’une insécurité multifactorielle, où des dynamiques locales peuvent être exploitées ou instrumentalisées par des acteurs externes.
La réponse des FARDC se veut donc préventive et ferme. Il s’agit de contrer toute tentative de déstabilisation avant qu’elle ne prenne de l’ampleur. La province du Haut-Katanga, poumon économique du pays grâce à ses ressources minières, constitue un enjeu stratégique majeur. Sa sécurité est primordiale pour la stabilité de toute la région sud-est de la RDC. La détermination affichée par le commandement militaire à Lubumbashi est claire : empêcher à tout prix la résurgence ou l’importation de conflits armés qui pourraient plonger la région dans le chaos.
Cette prise de parole publique et musclée du chef d’état-major général sert également un objectif de communication. Elle vise à rassurer les populations civiles sur la vigilance des autorités, tout en envoyant un signal dissuasif aux commanditaires présumés des manœuvres de déstabilisation. La sécurité du Haut-Katanga est désormais placée sous le signe de la plus haute alerte. Les prochains jours et semaines permettront de voir si cette mise en garde suffira à déjouer les plans attribués à Kigali ou si la région devra faire face à une nouvelle escalade de violences. La cohésion des forces de sécurité congolaises sera le premier rempart testé.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
