Un rapport de la Banque mondiale, dévoilé ce mardi 24 mars 2026 à Kinshasa, jette une lumière crue sur l’état de santé préoccupant des entreprises publiques RDC. L’institution de Bretton Woods révèle que ces entités, pourtant pivots de secteurs clés comme l’électricité, l’eau et les mines, ont accumulé des pertes vertigineuses s’élevant à 5,3 milliards de dollars américains entre 2014 et 2023. Cette hémorragie financière, équivalant à près de 530 millions de dollars par an, approche le budget annuel alloué à la santé nationale, soulevant une question cruciale : comment des acteurs aussi stratégiques peuvent-ils devenir un tel fardeau pour les finances publiques ?
La dette des entreprises publiques, véritable épée de Damoclès, a enflé de manière alarmante, passant de 5,7% du Produit Intérieur Brut (PIB) en 2019 à 7,3% en 2023. Elle représente désormais environ 42% de la dette publique extérieure congolaise. Cette concentration du risque est encore plus frappante lorsqu’on l’observe au niveau des acteurs individuels. La Société Nationale d’Électricité (SNEL) porte à elle seule près de 75% de ce fardeau, suivie par la Gécamines avec 16%. La dette SNEL symbolise ainsi l’ampleur du défi. Au-delà de cette dette explicite, le rapport Banque mondiale RDC met en garde contre les passifs implicites : arriérés de salaires dépassant parfois 100 mois et arriérés fiscaux estimés à 1,6% du PIB en 2023, alourdissant d’autant le fardeau de l’État.
Les causes de cette débâcle financière plongent leurs racines dans de profondes défaillances de gouvernance. Comment expliquer que seules 10 des 20 principales entreprises publiques aient publié leurs états financiers en 2024, et seulement 5 de manière régulière sur les cinq dernières années ? La fonction d’actionnariat de l’État, théoriquement attribuée au ministère du Portefeuille, est diluée dans la pratique par l’influence concurrente des ministères sectoriels, créant une confusion des rôles préjudiciable. La sélection des dirigeants échappe souvent à des critères transparents et méritocratiques, tandis que de nombreuses entreprises évoluent sans conseils d’administration indépendants ni systèmes d’information modernes. Cette opacité chronique en matière de gouvernance entreprises publiques RDC a ouvert la voie à des pratiques de gestion désastreuses.
Les conséquences économiques de cette situation sont tangibles et multiples. Le secteur énergétique, avec la SNEL en première ligne, illustre ce cercle vicieux. Des délais de recouvrement de créances supérieurs à 1 400 jours et des délais de paiement aux fournisseurs pouvant excéder trois ans asphyxient la trésorerie et compromettent toute capacité d’investissement. Cette paralysie se répercute directement sur la qualité et l’étendue des services fournis aux populations et aux industries, freinant in fine la croissance économique nationale. L’incapacité à facturer et recouvrer efficacement, y compris auprès de clients du secteur public, révèle un système à bout de souffle où les arriérés sont devenus un mode de financement.
Ce diagnostic sévère intervient dans un contexte où la réforme entreprises publiques est déjà à l’agenda politique. Près d’un an après les états généraux du portefeuille de l’État, qui visaient à transformer ces entreprises en leviers de développement, le rapport de la Banque mondiale agit comme un catalyseur supplémentaire. Les résolutions de ce forum, ainsi que les récentes déclarations du Président Félix Tshisekedi lors du Conseil des ministres, pointent toutes vers la nécessité d’une réévaluation rigoureuse de la participation de l’État, souvent devenue « nominale » voire « illusoire » dans les sociétés d’économie mixte.
Quelles perspectives pour une véritable transformation ? Le chemin de la « voie rapide » évoqué par le titre du rapport nécessitera des réformes structurelles courageuses. Il s’agira de clarifier et de professionnaliser la gouvernance, d’imposer une discipline financière et un reporting transparent, et potentiellement de reconsidérer le périmètre de l’actionnariat public dans certains secteurs. La relance d’entreprises comme la SNEL ou la SNCC n’est pas seulement une question de redressement comptable ; c’est une condition sine qua non pour fournir des services publics de base, stimuler l’activité économique privée et assainir les finances de l’État. L’alternative, celle du « parking » statique, condamnerait le pays à perpétuer un modèle coûteux et inefficace, où les entreprises publiques continueraient de peser sur le budget national au lieu de contribuer à son essor.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
