AccueilActualitéSecuritéNord-Kivu : 33 radios communautaires détruites ou pillées en six mois

Nord-Kivu : 33 radios communautaires détruites ou pillées en six mois

Une onde de silence forcé s’abat sur l’est de la République Démocratique du Congo. Selon un rapport accablant de l’organisation Reporters sans frontières (RSF), au moins 33 radios communautaires ont été systématiquement pillées, détruites ou contraintes à la suspension de leurs activités dans la seule province du Nord-Kivu depuis le début de l’année 2024. Ce chiffre, glaçant, illustre une guerre parallèle menée contre l’information dans des régions déjà ravagées par les conflits armés.

Ces médias de proximité, souvent implantés dans des zones rurales et frontalières enclavées du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, constituent pourtant un lien vital. Ils sont, pour des centaines de milliers de citoyens, la seule fenêtre sur le monde, la seule source d’informations locales, de débats et d’alertes. Leur destruction programmée plonge des communautés entières dans un black-out informationnel, les rendant encore plus vulnérables. Comment une population peut-elle se protéger, comprendre les enjeux qui la dépassent, ou simplement vivre, privée de sa voix ?

Le rapport de RSF, consulté sous embargo, pointe une géographie de la terreur médiatique. Les cibles privilégiées sont précisément ces radios situées sur des axes stratégiques ou en plein cœur des zones de combats, notamment dans les territoires de Rutshuru, de Lubero ou aux abords de Goma. Leur localisation, autrefois un atout pour couvrir la réalité du terrain, est devenue leur condamnation.

Les auteurs de ces exactions sont identifiés sans ambages. Les groupes armés, au premier rang desquels le mouvement du 23 mars (M23), sont régulièrement mis en cause. À Kanyabayonga, dans le Lubero, une attaque directe a endommagé du matériel de transmission, forçant les équipes journalistiques à une fuite précipitée pour sauver leur vie. Le scénario est répété à l’envi : studios vandalisés, équipements de diffusion emportés ou purement et simplement revendus au marché noir, groupes électrogènes saisis. L’objectif est clair : anéantir la capacité de ces médias à émettre.

Fait plus troublant encore, le rapport évoque des exactions impliquant des membres des forces armées congolaises (FARDC). Début juin 2024, des militaires ont investi les locaux de radios communautaires et environnementales dans le territoire de Lubero, causant d’importants dégâts matériels. Cette situation crée un climat de terreur généralisé où aucun acteur n’épargne les porte-voix des populations. Un responsable de radio, cité dans le document, résume l’horreur : « Nos équipements ont été endommagés ou détruits. Les journalistes ont échappé de peu à la mort. »

Les conséquences de cette campagne de destruction sont profondes et durables. Elle fragilise irrémédiablement le paysage médiatique local, déjà précaire. Elle prive les citoyens d’un accès à une information indépendante et pluraliste, un droit fondamental encore plus crucial en période de conflit. En silence, la désinformation et la propagande peuvent prospérer. La destruction des radios communautaires en RDC n’est pas un dommage collatéral ; c’est une tactique de guerre. Elle vise à isoler, à contrôler et à soumettre.

Les radios communautaires du Nord-Kivu et des provinces voisines se retrouvent ainsi en première ligne, transformées en cibles stratégiques. Chaque antenne réduite au silence est une victoire pour ceux qui prospèrent dans l’opacité et la violence. Le bilan dressé par Reporters sans frontières est un cri d’alarme. La protection de ces médias n’est pas seulement une question de liberté de la presse ; c’est une condition essentielle à la survie et à la résilience des communautés piégées dans l’enfer de l’est congolais. Sans information, point de salut.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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