Le silence est enfin rompu. Mardi dernier, dans une salle de Beni, plus de cinquante visages marqués par l’épreuve se sont levés pour dire « assez ». Assez de souffrir en silence, assez de voir leurs enfants grandir dans la peur et la précarité. Ces femmes, arrachées à leurs vies à Goma, Masisi et Rutshuru, ont décrit, lors d’un échange organisé par le Collectif des radios et télévisions communautaires du Nord-Kivu (CORACON), la réalité crue de leur exil. Leurs voix, longtemps étouffées, ont dessiné le tableau sombre des conditions de vie Nord-Kivu, un enfer quotidien loin des projecteurs de la crise.
« On ne savait pas vers qui se tourner », confie l’une d’elles, résumant le sentiment d’abandon qui ronge les communautés déplacées. Leurs préoccupations sont concrètes, vitales. En tête de liste, l’accès aux soins de santé, un droit fondamental transformé en parcours du combattant. Comment se soigner quand les centres de santé sont inaccessibles, par manque de moyens ou à cause de l’insécurité ? Comment gérer une grossesse ou une maladie chronique dans ces conditions ? Les femmes déplacées Beni décrivent un système de santé à bout de souffle, incapable de répondre à leurs besoins les plus élémentaires. Cette crise de l’accès soins de santé RDC n’est pas une statistique ; c’est une douleur aiguë pour des mères qui voient la santé de leurs familles se dégrader jour après jour.
Mais la précarité sanitaire n’est qu’une facette de leur calvaire. L’insécurité femmes déplacées reste une ombre permanente. La peur de nouvelles violences, la menace des groupes armés qui rôdent, même dans les sites de déplacement, empoisonnent leur quotidien. Elles vivent avec l’angoisse au ventre, dans des abris de fortune qui n’offrent aucune protection. Cette insécurité persistante paralyse toute velléité de reconstruction, de reprise d’une activité, d’un semblant de vie normale. Leur statut de déplacées les rend doublement vulnérables, exposées à tous les risques.
Parmi les participantes, les veuves de militaires ont apporté un témoignage tout aussi poignant. Elles portent le deuil d’un conjoint tombé au front et le poids d’une survie incertaine, confrontées aux mêmes murs d’indifférence et aux mêmes mécanismes défaillants pour faire entendre leurs droits. Leur présence rappelle cruellement que derrière les conflits qui déchirent l’Est de la RDC, il y a des familles sacrifiées, des vies brisées qui attendent une reconnaissance et un soutien qui tardent à venir.
Face à cette vague de détresse, les autorités provinciales et les organisations présentes, dont un représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), ont promis un accompagnement. Cette rencontre, fruit d’un plaidoyer CORACON acharné, a donc eu le mérite de créer un espace de dialogue direct. Les promesses sont là : prendre en compte ces préoccupations et œuvrer à des solutions adaptées. La question qui brûle toutes les lèvres est : ces engagements se transformeront-ils en actes concrets ? Les femmes déplacées, habituées aux déceptions, gardent un espoir prudent. Elles demandent des actions rapides et tangibles, pas de simples mots.
Cette initiative est plus qu’une simple réunion. C’est un signal fort dans la lutte pour la protection et l’inclusion des personnes les plus affectées par les conflits. Elle met en lumière l’urgence d’écouter ces voix marginalisées et de construire avec elles des réponses durables. Le chemin est encore long pour améliorer les conditions de vie Nord-Kivu et garantir un véritable accès soins de santé RDC. Mais en brisant le silence, ces femmes déplacées Beni ont fait le premier pas, le plus courageux. Leur combat pour la dignité est désormais porté sur la place publique. À la société toute entière et aux décideurs maintenant d’en faire une priorité absolue, car la stabilité de la région se construira aussi sur le bien-être de ses femmes, piliers brisés mais résistants de communautés meurtries.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
